Une nouvelle greffe de larynx

Transplantation Les médecins espèrent retirer la trachéotomie dans 6 à 8 mois

Onze ans plus tard, ils m’ont rendu ma voix. » C’est ce qu’a pu prononcer à voix haute Brenda Jensen, une Californienne, deux semaines seulement après avoir reçu une triple greffe du larynx, de la trachée et de la thyroïde, en octobre dernier. Ses proches avaient en effet dû s’habituer à l’entendre communiquer avec une voix synthétique qui interprétait les mouvements de ses cordes vocales. La patiente ne pouvait ni parler ni respirer normalement en raison de complications ayant résulté d’une intervention chirurgicale sur un ulcère perforé. Ces complications avaient eu pour effet de lui bloquer les voies respiratoires, la rendant entièrement dépendante d’une trachéotomie, qui consiste à réaliser une incision dans la trachée afin d’y insérer une canule rigide et faciliter la respiration.

L’opération fut très complexe et longue, puisque les chirurgiens de l’Université de Californie Davis ont travaillé près de 18 heures pour la réaliser, dont plus de 10 heures sous microscope : « Le larynx est un organe incroyablement complexe, avec des nerfs et des muscles dont le fonctionnement permet d’avoir une voix et aussi de respirer. »

Selon les chirurgiens, la restitution d’une voix comparable à la voix initiale de la patiente, malgré la différence physiologique avec les tissus du donneur, est due au fait que la voix est aussi formée par le palais, les lèvres, les sinus et la caisse de résonance nasale, qui ont été préservés. La patiente doit toutefois toujours garder un tube de trachéotomie dans la gorge et les médecins espèrent qu’elle pourra le retirer dans les 6 à 8 mois.

Cette greffe de larynx serait la deuxième jamais réalisée dans le monde. Et il y a peu de chances que la technique devienne fréquente, parce que l’écrasante majorité des patients qui auraient besoin d’une greffe de larynx sont des patients survivants du cancer. Or, une greffe de tissus d’un donneur impose la prise intensive et à vie de médicaments immunosuppresseurs afin de minimiser les risques de rejet de la greffe. Mais le problème est que ces médicaments immunosuppresseurs ont eux-mêmes un effet promoteur sur le retour éventuel du cancer. Il est donc non éthique de pratiquer une telle greffe pour des patients qui relèvent d’un cancer.

Pour Brenda Jensen, c’est autre chose : elle a dû déjà subir il y a quatre ans une double greffe du rein et du pancréas et doit de toute façon prendre des médicaments immunosuppresseurs suite à ces premières opérations. Après une rééducation de deux mois, elle parle désormais facilement. Elle dit avoir retrouvé l’odorat et le goût pour la première fois depuis longtemps et est en train de réapprendre à avaler en espérant bientôt pouvoir manger et boire normalement de nouveau. Le larynx, comme les autres organes transplantés, provient d’une seule et même personne, victime d’un accident de la route.

SOUMOIS,FREDERIC
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