La jeunesse brave la police et crie son ras-le-bol

Egypte Le pays a sans doute connu sa plus forte mobilisation contestataire depuis l’arrivée au pouvoir de Moubarak, il y a 30 ans

ENTRE LES MANIFESTANTS et les forces de sécurité, massivement déployées, le rapport restait encore très inégal, mardi au Caire... © ABU ZAID/ AP.

reportage

le caire

de notre correspondant

Slogans anti-Moubarak, hymne national chanté à pleine voix, cris de colère et d’espoir. Comme ils se l’étaient promis, des dizaines de milliers d’Egyptiens sont descendus dans la rue, mardi, pour prolonger l’élan de la révolution tunisienne. Deux manifestants et un policier ont été tués. Une telle mobilisation populaire, c’est du jamais vu depuis les « émeutes du pain » de 1977 et, dans une moindre mesure, les manifestations contre la guerre en Irak en 2003.

Au Caire, jusqu’à 15.000 manifestants, en grande majorité des jeunes, ont occupé la place Tahrir, devant le musée des antiquités pharaoniques, aux cris de « liberté ! », « à bas Moubarak ! » ou « Tunisie ! ». Grisés par leur audace dans un pays où les manifestations sont interdites et souvent durement réprimées, ils ont affronté à coups de pierre la police qui tentait de les déloger avec des canons à eau et des grenades lacrymogènes. A chaque escarmouche trop violente, les policiers ont préféré battre en retraite pour éviter, sans doute, une bavure qui aurait pu mettre le feu aux poudres. Un nombre invérifiable de blessés a néanmoins été évacué en ambulance.

Toute la journée, les forces anti-émeute déployées en masse dans les rues de la capitale – le chiffre de 20.000 à 30.000 policiers a été avancé par la presse – ont joué au chat et à la souris avec les manifestants. Contrairement à leurs habitudes, les policiers n’étaient initialement pas armés de fusils, ni même de matraques, et les cordons ont cédé les uns après les autres face à la pression des manifestants partis de plusieurs quartiers.

« Ça ne peut pas durer ! »

Parmi eux, Ibrahim, un vétérinaire à la retraite, dans la rue pour la première fois de sa vie. « J’ai combattu en 1973 (guerre du Kippour contre Israël), j’ai autant de droits sur ce pays que la clique de Moubarak qui confisque le pouvoir et les richesses, affirme-t-il. J’ai 66 ans, je touche une pension de 200 livres par mois (environ 25 euros). Avec les prix qui ne cessent de monter, comment voulez-vous faire ? Ça ne peut pas durer ! »

Dans un autre cortège, Abdel Méguid, un cadre bancaire, brandit une pancarte sur laquelle il a écrit en français « Moubarak dégage ». « Ben Ali a compris le message, Moubarak finira par l’entendre aussi », veut-il croire. « Le régime est stupide, il va sûrement falloir le lui répéter plus d’une fois, mais nous sommes prêts à payer le prix. »

« Non au chômage, non à la corruption, non à la torture, révolution ! », ont scandé les manifestants sur la place Tahrir en détruisant un grand panneau du parti au pouvoir. Il y avait là des ingénieurs, des médecins, des étudiants des classes supérieures, mais aussi des jeunes de milieux populaires et des « Ultras » des deux grands clubs de foot de la ville ; des islamistes s’interrompant pour prier sur un drapeau égyptien et des pasionarias gauchistes cheveux au vent.

Dans la soirée, alors que la nuit était tombée sur Le Caire, les manifestants ne semblaient pas prêts à désarmer, lançant pour certains un slogan en forme de bouteille à la mer : « Où est l’armée ? »

SALAÜN, TANGI
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>