Justine Hénin arrête sa carrière

Face à Kuznetsova, à Melbourne, Justine Henin n’était plus que l’ombre de la championne qu’elle fut jusqu’en 2008. © BELGA PHOTO/PHILIPPE BUISSIN

Melbourne

De notre envoyé spécial

L’interminable couloir qu’empruntent les joueurs pour rejoindre la Rod Laver Arena est désespérément vide. Le reste des entrailles du temple du tennis australien aussi. Il est 2 heures du matin à Melbourne. Et alors que la ville se remet doucement de l’élimination de Rafael Nadal venue ponctuer un Australia Day festif, le monde de la balle jaune ignore tout de l’autre bombe que Justine Henin vient de lancer à 20.000 kilomètres de là. Simple fait du hasard, ou ultime pied de nez à un milieu qui lui aura, et auquel elle aura, tant donné, ce ne sera que dans quelques heures, au réveil, qu’il apprendra la nouvelle : « Je tourne, et pour de bon cette fois, une incroyable page de ma vie… »

Etonnant destin que celui de Justine Henin, qui met un terme à sa deuxième carrière au moment où Kim Clijsters conservait l’espoir d’égayer la sienne d’un quatrième titre en Grand Chelem (la Limbourgeoise affrontait Vera Zvonareva en demi-finale, la nuit dernière). Destins et carrières croisés – parfois même enchevêtrés – de deux des plus grandes championnes belges, qui avouent elles-mêmes s’être poussées l’une l’autre vers les sommets, parfois avec fracas (rappelons que c’est en jouant l’une contre l’autre à Wimbledon que Justine Henin s’est blessée au coude), dans des styles et avec des caractères bien différents, mais avec un souci commun : la gagne !

C’est ce même souci de la perfection qui a sans aucun doute poussé Justine Henin à se retirer pour la deuxième fois. Une décision au demeurant rapide, puisque communiquée quatre jours à peine après son retour au pays, mais dans la foulée d’examens médicaux qui auront été sans appels : « La poursuite de sa carrière à un haut niveau passe par une opération majeure, avec une longue réhabilitation (jusqu’à un an), non dénuée de risques, et sans garantie de résultat », dit en substance le Pr Bellemans sur foi de scanners effectués au début de cette semaine. Peu encourageant…

Gageons qu’en plus de la douleur qu’elle vit au quotidien, l’ancienne nº1 mondiale a également mesuré l’énorme chemin à parcourir en cas de nouvelle convalescence, et surtout les nouveaux et gigantesques sacrifices à consentir pour retrouver sa place au sein d’une hiérarchie mondiale en quête d’une nouvelle patronne – statut que d’aucuns attribueraient aujourd’hui bien volontiers à… Kim Clijsters, encore elle !

Après avoir signé un retour tonitruant début 2010 – deux finales, coup sur coup, à Brisbane puis à Melbourne – puis ressenti les difficultés liées à une préparation physique perfectible, et enfin consenti les efforts supplémentaires liés à sa convalescence, Justine Henin a pu constater la semaine dernière à Melbourne qu’elle n’aurait pas qu’à paraître pour retrouver la place qu’elle occupa pendant 117 semaines au cours de sa « première vie » de joueuse. Comme Safina, Jankovic ou Sharapova, elle a dû admettre que le statut « d’ancienne nº1 mondiale » n’inspirait pas ou plus la moindre retenue au sein d’une nouvelle génération en pleine ébullition.

Arrivée au sommet du tennis mondial à 21 ans, quand elle gagna la même année les titres à Roland Garros et à l’US Open, Justine y défrayera la chronique par la qualité de son jeu – et en particulier la pureté de son revers – avant de s’installer au sommet de la pyramide en remportant notamment trois nouveaux titres à Roland Garros, un autre à l’US Open et un à l’Open d’Australie, et 37 autres succès dans des tournois officiels. Fermement installée à la première place mondiale, elle étonna tout son monde le 14 mai 2008, lorsqu’elle annonça son départ à la retraite en raison d’un « ras-le-bol général ». Elle ne provoquera pas moins d’étonnement à l’annonce de son retour, en septembre 2009, et suscitera même plutôt la polémique – encore une ! – par rapport à cet étrange timing que d’aucuns assimileront à une mise à l’écart pour dopage.

Admirée pour ses qualités sportives, autant qu’honnie pour ses erreurs de communication et sa manière d’être en général, Justine Henin dit aujourd’hui regretter de ne pas avoir été « plus proche de vous ». Une autre réalité qu’elle va devoir à nouveau affronter à 29 ans, dans sa recherche d’une nouvelle vie, d’un nouvel idéal, d’un nouvel équilibre…

Il est maintenant 4 heures du matin à Melbourne. L’interminable couloir qu’empruntent les joueurs pour rejoindre la Rod Laver Arena est toujours désespérément vide. Seules les photos des lauréats accrochées au mur témoignent d’un glorieux passé. Justine « trône » là à gauche, entre Capriati et Mauresmo. À jamais. Plus jamais.

Un départ qui n’étonne qu’à moitié
Commentaire

Le sport belge, mais surtout peut-être le tennis mondial, ont perdu, ce mercredi, avec la retraite de Justine Henin, l’une de leurs meilleures ambassadrices et une championne d’exception. La première réaction que l’on peut avoir à l’annonce de ce départ que l’on soupçonne cette fois définitif, est donc une tristesse toute légitime. Pour elle, avant tout, mais pour nous, un peu aussi. Se faire à l’idée que l’on ne reverra plus ce bout de femme défier les cogneuses du circuit avec ce fabuleux revers à une main est une perspective peu réjouissante…

Si elle est tombée pour le moins abruptement, cette annonce n’est cependant pas aussi surprenante que la première, en 2008. Ni, surtout, que celle de son retour aux affaires, en septembre 2009, dont ils sont nombreux à n’avoir jamais vraiment compris la motivation. En reprenant le fil d’une carrière qui s’était arrêtée au sommet, elle ne risquait qu’une chose : faire moins bien qu’avant.

Après un début en fanfare en Australie, qui l’a surprise elle-même, il y a tout juste un an, Justine, de fait, n’a jamais pu vraiment retrouver son meilleur niveau que par intermittence. Des séquences de plaisir à côté d’autres, plus dures et plus laborieuses. Et, surtout, plus nombreuses, avant la blessure fatale survenue à Wimbledon.

Des séquences qui ont coïncidé, aussi, avec le retour au sommet d’une Kim Clijsters, plus épanouie et plus forte que jamais et dont on peut se demander si les succès à répétition, notamment contre elle, n’ont pas indirectement poussé Justine Henin vers la sortie.

Car s’il y a des souffrances qu’on veut cacher, il y a aussi des bonheurs qu’on ne peut partager.

WILMOTTE,THIERRY,VANDE WEYER,PHILIPPE
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