Visitez Versailles ou la Tate sans bouger de chez vous

Musées 17 musées ont numérisé leurs salles avec Google

« The Cholmondeley Ladies », un tableau anonyme daté 1600-10. En vrai aux cimaises de la Tate Britain et en numérique grâce au « Google Art Project ». © LEON NEAL/AFP.

Londres

De notre correspondant

Visiter les ailes du château de Versailles, les arcanes du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ou les salles de la Tate Britain de Londres depuis chez soi ? C’est désormais possible ! Dix-sept musées internationaux se sont lancés dans la numérisation de leur intérieur et de certaines de leurs œuvres avec l’aide de la société américaine Google.

« Avec trois amis, nous avons décidé d’adapter aux musées notre technologie Street View, qui nous permet de nous promener virtuellement dans les rues de nombreuses villes mondiales, raconte Amit Sood, le directeur du programme Art Project. Nous avons donc contacté certains d’entre eux pour leur soumettre l’idée et leur proposer de pousser un peu plus loin nos expérimentations. » »

En se rendant sur le site www.googleartproject.com, les internautes peuvent depuis mardi visiter chacun des musées participants. Le maniement est relativement aisé : un curseur permet de se promener dans chaque salle, de s’approcher des peintures et des sculptures, voire même de lever les yeux pour observer les moulures du plafond et des murs. Bien que le projet ait débuté il y a 18 mois, les faibles moyens déployés (et non dévoilés par Google) expliquent la qualité parfois mauvaise de la couleur des salles ou leur luminosité approximative.

« C’est notre principal défi, admet Ariane de Lestrange, directrice de la communication du château de Versailles. La beauté du château réside avant tout dans sa décoration et dans les circuits de visites, plus que dans les œuvres elles-mêmes. Il n’a ainsi pas été simple de réaliser les plans de la galerie des glaces car il y avait justement des reflets de tous les côtés, surtout que le temps de travail des équipes de Google était limité au lundi, notre seul jour de fermeture. » Comme dans l’ensemble des musées, toutes les salles n’ont d’ailleurs pas encore été numérisées.

Les musées plus traditionnels profitent plus des techniques déployées par la société américaine, et en particulier son zoom surpuissant. Si de nombreuses œuvres peuvent être sélectionnées et observées hors de leur contexte, ce qui permet d’améliorer la qualité de leur représentation, chaque musée a en effet sélectionné une peinture destinée à être scannée en haute résolution (sept giga de pixels). L’internaute peut ainsi zoomer sur n’importe quel centimètre de la toile et observer des détails difficilement perceptibles à l’œil nu. Une scène de jeu cocasse apparaît à l’arrière-plan des Moissonneurs de Pieter Bruegel l’ancien, exposé au Metropolitan Museum of Art de New York, et les craquelures des épaisses couches de peinture de La Chambre de Van Gogh à Arles, accrochée au Musée Van Gogh d’Amsterdam, sautent désormais aux yeux. L’expérience s’avère épatante.

« Cet outil va permettre de rappeler aux visiteurs qu’il ne faut pas passer rapidement devant un tableau si l’on veut en découvrir toutes les nuances, tous les détails, et au final sa portée », estime Nicholas Serota, le directeur de la Tate de Londres.

Les directeurs des musées ne craignent pas que la concurrence du site sur le nombre de leurs visiteurs. « Ce type d’exposé a toujours favorisé l’attraction des musées, renchérit Nicholas Serota. Les gens développent une relation nouvelle avec les musées, ils en ont moins peur. Une fois qu’ils ont eu un aperçu des œuvres, ils veulent ensuite les voir et les approcher en vrai. »

Pas de musée belge dans le projet. Mais les discussions peuvent s’ouvrir. Comme elles sont en cours avec le Prado à Madrid ou le Louvre à Paris.

DE BOURBON,TRISTAN
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