Un million de « No » au machisme

Italie Les frasques de Silvio Berlusconi sont à l’origine des manifestations

Selon les organisatrices, un million de personnes se sont rassemblées pour manifester contre Berlusconi et son machisme. © AFP/ANDREAS SOLARO

ROME

De notre correspondante

Il était 14 h 30, dimanche, lorsque l’immense foule rassemblée sur la Piazza del Popolo, au cœur de Rome, s’est tue. Pendant une minute et demie de silence. Puis, sur le podium, une jeune actrice de cinéma, Isabella Ragonese, a pris la parole, en posant à la foule la question qui était aussi le slogan de cette manifestation du ras-le-bol des Italiennes : « Si ce n’est pas maintenant, quand ? » La foule a hurlé : « Adesso ! », maintenant !

Le coup d’envoi était donné aux centaines de manifestations en faveur de la dignité de la femme qui se sont déroulées, ce 13 février, dans toute l’Italie et à l’étranger, dans diverses capitales, parmi lesquelles Bruxelles. Avec la participation selon les organisatrices de plus d’un million de personnes, dont beaucoup à Rome où le centre a été complètement bloqué au cours de toute l’après-midi. Surtout, mais pas seulement, par des femmes, indignées, qui ne supportent plus d’être réduites, dans cette Italie berlusconienne, à une marchandise sexuelle. Des femmes de tous les âges et de toutes les couleurs politiques (avec, quand même, une prédominance de la gauche anti-berlusconienne !).

L’affaire Ruby, pour laquelle le parquet de Milan vient de demander que Silvio Berlusconi soit immédiatement jugé pour prostitution de mineure et abus de fonction, « a été la goutte qui a fait déborder le vase », a expliqué la cinéaste Francesca Comencini, l’une des organisatrices de ce nouveau mouvement, né du web. Mais cette indignation n’est pas, heureusement, une exclusivité féminine. Il y avait aussi beaucoup d’hommes, Piazza del Popolo. Beaucoup d’enfants. Des familles entières. « Il y a donc encore pas mal de gens normaux dans ce pays ! », s’étonnait joyeusement une mère de famille, en essayant de monter dans un autobus qui débordait de monde, direction Piazza del Popolo.

En fait, il y avait de tout dans cette foule bariolée, en fête, où les écharpes blanches ont remplacé les violettes des anti-Berlusconiens et où le seul drapeau d’appartenance était le tricolore italien. Peu de banderoles directement liées à Silvio Berlusconi mais indirectement, toutes.

« Je suis une putain »

Ainsi, cette énorme affiche, au milieu de la place, résume avec ironie la situation des femmes italiennes au temps du Bunga Bunga (les soirées du harem berlusconien) : « Ne m’appelez pas escort, je suis une putain. Ne m’appelez pas putain, je suis une esclave ». Mais aussi : « L’Italie n’est pas un bordel ». Cette manifestation que certains berlusconiens avaient qualifiée de « moraliste » et de « puritaine », « en ignorant, a relevé Isabella Ragonese, que moralisme et morale, ce n’est pas la même chose » et « qu’un pays a besoin de morale », a été très attentive à ne pas discriminer les femmes. C’est ainsi que des prostituées ont défilé sous des parapluies rouges, en hissant des banderoles dans le genre « I like sex, not Bunga Bunga ». Cela n’a empêché une ancienne missionnaire, sœur Eugenia Bonetti, qui s’occupe de prostitution de mineures, de parler longuement « des nouvelles esclaves qui viennent dans notre pays en pensant y trouver un avenir meilleur » et de « l’hypocrisie de la loi qui interdit la prostitution sur les trottoirs ». L’avocate-députée de la droite

anti-berlusconienne (le FLI de Gianfranco Fini), Giulia Bongiorno, a dénoncé « la nouvelle sélection des dirigeants politiques qui passe par les fêtes hard ». La députée du PD (centre-gauche) Livia Turco a assuré qu’elle était là en tant que femme et qu’il s’agissait d’une protestation civile.

La ministre de l’Education, Mariastella Gelmini, qui avait annoncé que ce serait « une manifestation politique avec une participation de quelques radicaux chics » s’est, en tout cas, drôlement trompée ! Sans doute parce que, comme a dit Isabella Ragonesi, « en Italie les femmes, comme la culture, sont fortes. Mais elles doivent se battre tout le temps ! ».

LUKSIC,VANJA
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