Henin : « Je ne peux pas oublier ni pardonner »

Retraite L’ex-nº1 réagit aux rumeurs de dopage qui l’ont poursuivie

Il lui a fallu deux semaines et demie, entrecoupées par une brève apparition lors du match de Fed Cup Belgique – Etats-Unis à Anvers, pour reprendre ses esprits dans son coin. Une période douloureuse, marquée à la fois par la digestion de l’inéluctable et le décès de son grand-père paternel. Hier, lundi, dix-neuf jours après avoir annoncé la fin définitive de sa carrière suite à sa blessure au coude qui s’était réveillée en Australie, Justine Henin est enfin sortie du bois.

A quelques centaines de mètres de son nouveau domicile ucclois, dans une salle de restaurant beaucoup trop petite pour ce « moment de presse » qui avait évidemment fait le plein, l’ex-nº1 mondiale, présente sans Carlos Rodriguez contrairement à la première fois, n’est pas seulement revenue sur cette deuxième retraite. Elle a surtout entamé son discours par une mise au point radicale en demandant de quitter la pièce à « ceux qui pensent que j’ai arrêté le tennis à cause de certaines rumeurs de dopage ou autre ou qui ne croient pas que ce soit à cause de mon coude ».

Justine Henin et le dopage, c’est un bruit qui circulait depuis des années dans le milieu du tennis féminin, surtout depuis son passage en Floride chez le préparateur physique Pat Etcheberry, à l’issue duquel son corps s’était considérablement musclé. Certains ont même prétendu que si elle avait brutalement mis fin une première fois à sa carrière en 2008, c’était suite à un contrôle positif. Pour éviter le scandale, la WTA lui aurait alors demandé de se retirer pendant le temps de la suspension qu’elle aurait encourue si l’affaire avait été rendue publique. Un scénario hautement improbable en raison des risques qu’il comportait pour la WTA et catégoriquement démenti en son temps, dans nos colonnes, par Stacey Allaster, sa patronne.

« Dans ce genre de situation, il est extrêmement important de ne considérer que les faits, surtout quand on évoque une athlète comme Justine Henin, avait-elle déclaré en mai dernier. Les faits sont ceux-ci : Justine n’a jamais subi de contrôle positif. Répandre de telles rumeurs est donc insensé ! Vous savez, en vertu de notre programme antidopage, quand une athlète est contrôlée positive, il y a une communication, tout le monde le sait. Ce n’est jamais arrivé. »

Pourtant bien consciente de ce qui se disait derrière son dos, Justine Henin elle-même n’avait jamais voulu vraiment s’étendre sur le sujet… quand on osait l’aborder avec elle. Jusqu’à ce lundi, donc, où elle a admis avoir été « meurtrie » par ces soupçons qui ont, dit-elle, été la principale cause de sa souffrance pendant sa carrière : « Cela m’a fait très mal. C’est facile de se réveiller le matin et de se dire : “Tiens, aujourd’hui je vais lancer une rumeur parce que ce n’est pas normal de tout gagner comme ça.” Moi je dis que ce n’est pas facile de se réveiller pendant 20 ans et d’aller bosser comme une dingue même lorsque c’est dur. Avoir entendu ça m’a beaucoup blessée. Cela m’a blessée et a blessé beaucoup de gens de mon entourage, des gens qui ont travaillé très dur avec moi. Je ne peux pas oublier et peut-être pas pardonner. Quand on voit tout ce que j’ai investi… On reste un être humain avant tout et on ne peut pas être insensible à ce genre de critique. C’est la chose principale qui m’aura fait souffrir dans ma carrière. C’était très facile de parler et de ne pas voir tout ce qui a été mis en œuvre. »

Justine Henin a préféré cette mise au point publique plutôt que d’attaquer en justice ceux qui avaient, à un moment donné, mis sa probité en doute. « Parce que, en agissant ainsi, je leur aurais donné trop d’importance. »

Et parce qu’aujourd’hui, elle veut passer à autre chose.

VANDE WEYER,PHILIPPE,WILMOTTE,THIERRY
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