La Libye, à feu et à sang, livrée au chaos

Benghazi, hier :la foule a pris le contrôle d’un char de l’armée libyenne. La photo, diffusée par l’Associated Press, n’a pas été prise par un journaliste et l’agence n’a pu en vérifier l’authenticité. © AP

Des centaines de morts : la Libye est entrée depuis quelques jours dans un cycle de violences qui paraît préluder à la chute inéluctable d’un autre régime dictatorial arabe, celui de Mouammar Kadhafi. Les informations, difficiles à recouper (voir encadré ci-contre), donnent un tableau apocalyptique de la situation. Des villes entières, dont Benghazi, la seconde du pays, seraient entre les mains des insurgés, la capitale Tripoli elle-même serait à feu et à sang, alors que des milices à la solde du régime – notamment des unités venues d’Afrique noire et s’exprimant en français – s’activent pour étouffer dans le sang les velléités insurrectionnelles des protestataires. La Fédération internationale des Ligues de droits de l’homme avance un bilan de « 300 à 400 morts ». En soirée, un appel téléphonique à l’AFP faisait état d’un « massacre » dans deux quartiers de Tripoli, Fachloum et Tajoura.

Les informations de première main proviennent des étrangers qui ont réussi à fuir le pays ce lundi. Ainsi, des centaines de Tunisiens ont regagné leur pays et certains ont livré un témoignage édifiant. Un ingénieur établi depuis deux ans à Tripoli, Mohamed Jarboui, a ainsi raconté à l’AFP à l’aéroport de Tunis, où il venait de débarquer ses dernières heures dans la capitale libyenne : « On n’a pas dormi hier à Tripoli, toute la nuit on a entendu des tirs. Tripoli était calme dans la journée mais c’est la nuit que l’on a entendu le plus de rafales de tirs. Je ne me sentais plus en sécurité et c’est pour ça que je suis rentré avec ma femme et mon gosse ».

Un de ses compatriotes abondait dans le même sens : « On ne pouvait pas quitter nos maisons car il y avait des affrontements entre des partisans de Kadhafi et d’autres personnes. Il y a eu beaucoup de tirs le soir, et seul l’aéroport était sécurisé, Tripoli était livrée à l’anarchie ».

Par ailleurs, à la frontière égyptienne, de funestes informations indiquaient que dix Egyptiens tentant de fuir avaient été victimes de « tirs de mitraillettes » à Tobrouk de « bandes armées, des mercenaires ».

« C’est fini, Kadhafi se suicide en brûlant les villes, confie une source libyenne à Londres. Il ne pourra plus jamais reprendre le contrôle de la situation malgré ses miliciens africains qui bombardent à coups de roquettes antichars et autres armes lourdes et qui terrorisent les habitants. C’est du jamais vu dans l’histoire du pays, rien que 160 morts à Tripoli ce jour ! Les Européens ne comprennent rien à la situation, qui se contentent sous la pression italienne de produire un vague communiqué ce lundi. »

Des rumeurs ont donné pour exilé le dictateur, mais elles semblaient, lundi soir, au moins prématurées. Le Venezuela a fait savoir que les informations sur l’arrivée proche de Kadhafi et sa suite à Caracas étaient infondées.

Le régime ne se tient d’ailleurs pas pour battu. Les déclarations de Saif al-Islam, le fils le plus influent du « guide », en attestent. dès dimanche soir, il assurait à la télévision que la Libye était « la cible d’un complot étranger », ajoutant : « La Libye est à un carrefour. Soit nous nous entendons aujourd’hui sur des réformes, soit nous ne pleurerons pas 84 morts mais des milliers et il y aura des rivières de sang dans toute la Libye ». Plus tard, il a annoncé une « commission d’enquête » sur les violences. Des mots qui semblent dérisoires face au déchaînement actuel de violences.

Alors que deux pilotes militaires libyens ont fait défection à Malte ce lundi, ainsi que plusieurs diplomates à travers le monde, les réactions à l’étranger, dont l’Union européenne, restaient confinées à l’expression de la condamnation de la violence. De nombreux pays occidentaux (et des entreprises étrangères), en attendant, ont commencé à évacuer leurs ressortissants de Libye.

LOOS,BAUDOUIN
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