L’échouage annonçait-il le séisme ?

Nouvelle-Zélande Tremblement de terre

Les victimes continuent à être extraites des décombres de Christchurch © AFP PHOTO / MARTY MELVILLE

Le séisme qui a secoué mardi la région de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, avait-il été perçu quelques heures plus tôt par une centaine de baleines croisant dans les environs de l’île Stewart ? Et cette détection précoce aurait-elle été tellement intense que les cétacés, perturbés, se seraient échoués massivement ? La coïncidence est troublante. Mais le lien de cause à effet est loin d’être établi.

« Nous savons que certains échouages de mammifères marins ont été relevés dans le monde avant, pendant ou après un tremblement de terre, explique Thierry Jauniaux, du département de morphologie et de pathologie de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Liège, spécialiste des autopsies de cétacés échoués. Certaines perturbations du champ électromagnétique terrestre pourraient expliquer ces événements. En interférant avec le système de navigation de ces mammifères, ces perturbations pourraient les dérouter et les amener à s’échouer. »

Toutefois, le spécialiste connaît d’autres causes susceptibles de conduire les cétacés à l’échouage. Comme des lésions à l’oreille interne suite à une exposition aux sonars militaires.

« On peut aussi assister à des échouages quand ces mammifères s’égarent dans des eaux qui ne leur sont guère adaptées, trop polluées, trop peu riches en nourriture ou mal connues, précise-t-il. Les cachalots de la mer du Nord en sont un exemple. Nous avons connu quelques échouages de cachalots en Belgique. Chez nous, ces cétacés sont pris au piège des bancs de sable en forme de peigne perpendiculaire à leur sens de déplacement. À marée basse, ils restent prisonniers du sable. Or, leur squelette ne leur permet pas de les soutenir en dehors de l’eau. Résultat : il s’affaisse et les cachalots s’étouffent. »

Baleines grégaires

Krishna Das, du laboratoire d’océanologie de l’Université de Liège, pointe d’autres causes pouvant mener à l’échouage des grands mammifères marins.

« Ils peuvent avoir été blessés lors d’une collision avec un navire, par exemple, ou être malades ou encore victimes de parasites », indique-t-elle.

En ce qui concerne l’échouage massif de lundi à l’île Stewart, elle imagine aussi un autre scénario, lié aux habitudes grégaires des baleines concernées.

« Il s’agissait de baleines pilotes, encore appelées globicéphales, précise la scientifique. Ces baleines vivent en groupe et suivent généralement un leader. Si celui-ci est malade et vient s’échouer, les autres suivent… »

En ce qui concerne la thèse de la perturbation géomagnétique, celle-ci apparaît un peu légère aux yeux des spécialistes en géophysique. Certes, les tensions dans la croûte terrestre peuvent dans certains cas engendrer des perturbations magnétiques.

Mais dans le cas présent, l’échouage a précédé de plus de 36 heures le séisme qui, de plus, s’est produit à quelque 600 kilomètres de Christchurch.

« Et puis, note également Thierry Camelbeeck, sismologue à l’Observatoire royal de Belgique, l’intensité du tremblement de terre qui a ravagé Christchurch était finalement assez limitée. Le séisme était de magnitude 6.1 ou 6.3 sur l’échelle de Richter. Il y a six mois, un autre séisme a été enregistré dans cette région, un peu plus à l’ouest par rapport à celui qui vient de frapper Christchurch. Il avait une magnitude de 7.1. Et là, aucun échouage massif n’avait été signalé. »

DU BRULLE,CHRISTIAN
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