Greffe d’aorte pour pouvoir respirer

Cancer Une première greffe de bronche artificielle a été réalisée avec succès à Paris

L’opération a été réalisée en octobre 2009. Mais son succès vient seulement d’être annoncé. Et c’est une première mondiale !

Pour éviter l’ablation complète d’un poumon chez un patient cancéreux de 78 ans, des médecins parisiens ont simplement ôté la partie cancéreuse de la bronche malade puis remplacé celle-ci par… une greffe d’aorte.

L’exploit, détaillé dans la dernière édition du journal scientifique Annals of thoracic surgery, est triple. Il a permis la survie à plus d’un an du patient qui a retrouvé une vie quasi

normale, il s’agit d’un patient âgé et donc plus fragile et enfin, il a permis de conserver la partie saine du poumon atteint d’un cancer profond, ce qui n’arrive que dans moins d’un pour cent des cas.

C’est l’équipe du Pr Emmanuel Martinod (Chirurgie thoracique et vasculaire) de l’hôpital Avicenne qui est à la base de cette première mondiale.

« Actuellement, la chirurgie est le meilleur traitement des formes précoces non métastatiques du cancer broncho-pulmonaire, indique l’équipe. Si la tumeur se situe en périphérie du poumon, la chirurgie va consister en une lobectomie, soit une ablation partielle du poumon. Si la tumeur est plus centrale, l’ablation complète du poumon est envisagée. Dans ce cas, la mortalité postopératoire est nettement plus élevée. Le risque grimpe jusqu’à 26 % à 90 jours au lieu de 2 % ».

La pneumonectomie pose également des problèmes à long terme. S’il est possible de vivre avec un seul poumon, l’impact sur les fonctions respiratoires et cardiaques du patient en fait une maladie à part entière.

L’idéal est donc, même en cas de cancer profond, d’essayer de conserver la partie saine du poumon malade. C’est précisément avec cet objectif en tête que les chirurgiens parisiens ont travaillé.

La technique envisagée consiste à raccorder la partie de bronche saine située sur la trachée à une portion de bronche conservée au niveau du lobe pulmonaire. Mais elle présente de sérieuses difficultés. Si les moignons de bronche conservés sont trop courts, les tensions sont trop fortes lors du raccordement. Et si la section est trop proche du site de la tumeur, ce sont les risques de récidive précoce qui sont élevés…

La solution ? Couper « large » dans la bronche malade et remplacer la partie manquante par une greffe.

Malheureusement, les greffes de bronches et de trachées venant d’un autre donneur ne sont guère efficaces à cause de rejets importants.

L’option choisie par les chirurgiens français est passée par l’utilisation d’un autre type de tissu : un bout de vaisseau sanguin, un segment d’aorte en l’occurrence.

« Ce segment aortique constitue une matrice qui conserve une architecture tubulaire, indiquent les médecins. Les cellules bronchiques colonisent facilement cette matrice pour reconstituer du tissu bronchique avec ses caractéristiques de surface et de rigidité, soit un épithélium constitué de cellules ciliées (qui permettent de retenir et évacuer les particules inhalées) et d’une structure cartilagineuse plus en profondeur qui assure la rigidité de la bronche ».

Les premières greffes de ce type ont été pratiquées avec du tissu aortique prélevé sur le receveur de la greffe (autogreffe). Mais il est apparu que les segments d’aorte disponibles dans les banques de tissus pouvaient aussi être utilisés et qu’ils ne présentaient aucun problème de compatibilité. Ces tissus sont à l’origine stockés pour une utilisation en chirurgie vasculaire.

« L’épithélium de la bronche repousse à l’intérieur de la matrice du greffon, et l’organisme est à l’origine des cellules qui permettent de refabriquer du cartilage », explique le Pr Martinod.

« La réparation est complète sur le tissu épithélial, avec une colonisation qui s’opère depuis les berges des deux portions de bronches raccordées. Plus inattendue, la reconstitution de cartilage provient des cellules souches de l’individu qui migrent sur le site de la greffe, attirées par des phénomènes inflammatoires », précise-t-il.

Un beau succès. Mais les chercheurs restent prudents. Ils lancent désormais une étude sur une trentaine de patients afin de confirmer l’attrait de cette stratégie thérapeutique.

DU BRULLE,CHRISTIAN
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