Un « Soir » exceptionnel pour parler en direct à la Flandre

Ce matin, la Flandre a entre les mains une édition exceptionnelle du Soir. Jamais jusqu’à présent, Le Soir n’est paru en néerlandais. Il n’a jamais été distribué à ce point dans toute la Flandre. C’est le cas aujourd’hui. Cinq pages de notre journal dont la « Une » s’adressent en néerlandais en direct au nord du pays.

La raison ? La caricature qui est faite de nous par un parti dominant en Flandre, la N-VA, n’est plus acceptable.

Le Soir, comme journal francophone, a ses opinions, tranchées ; il n’a pas peur de la polémique. Sur les problèmes communautaires et les négociations en cours, nous faisons un travail journalistique ambitieux, prenant des positions éditoriales audacieuses, fortes. Elles plaisent ou pas, ce n’est pas le propos : elles n’ont pas pour but de séduire. Mais elles méritent mieux, estimons-nous, que le résumé qui en a été fait récemment par Bart De Wever : « Le Soir, même pas bon à être du papier WC ».

Nous avons établi un dialogue récurrent avec les médias flamands, les faiseurs d’opinion du nord du pays. Qu’ils pensent comme nous ou pas.

Nous aimons la polémique, le débat. Et le contact direct. C’est ce contact que nous voulons à nouveau nouer aujourd’hui avec cette initiative exceptionnelle. En livrant aux lecteurs flamands les pièces d’un dossier pour qu’ils se fassent leur propre opinion, en toute connaissance de cause. En vous livrant à vous, nos lecteurs francophones, les grandes lignes de notre initiative.

Nous croyons à la nécessité de faire marcher mieux cette Belgique

On parle beaucoup du manque de communication entre les deux parties du pays. On évoque souvent le manque de moyens mis pour la compréhension du conflit communautaire et des attentes des deux parties du pays. C’est mal connaître le dispositif qui est en place au Soir, et que vous, lecteurs, découvrez chaque jour.

Les citoyens du nord du pays savent-ils que Le Soir est aujourd’hui le média francophone qui offre à ses lecteurs la plus forte couverture de l’actualité du nord du pays, sous tous ses aspects : politique, mais aussi culture, télévision, opinions, économie, sports ? Que nous avons une équipe de huit journalistes uniquement dédiés à la couverture des enjeux politiques en Flandre, avec évidemment plus du triple, régions comprises, pour l’actualité francophone ? Que Le Soir publie quotidiennement des opinions très larges qui circulent au nord du pays, des non-séparatistes aux membres du mouvement flamand, de la gauche à la droite ?

Nous n’avons pas de gages à donner à la Flandre, mais nous avons deux engagements à garantir : la qualité de notre suivi journalistique et l’offre d’une palette d’opinions qui permette à nos lecteurs francophones de se forger leur propre sentiment, indépendamment du nôtre, en ayant eu accès à tous les éléments et acteurs du dossier communautaire.

« Le Soir » ne peut être réduit à la caricature qu’en fait De Wever

Nous n’avons pas à nous justifier par rapport à la Flandre sur nos écrits ou nos prises de positions mais nous voulons rappeler au nord du pays que, contrairement à la caricature qui est désormais faite de nous par la N-VA, nous nourrissons un intérêt passionné et très large pour ce qui vit en Flandre. Et que notre couverture et nos prises de positions ne peuvent en aucun cas être réduites à cette idée que nous serions des « détesteurs de Flamands ». Le terme est insupportable en soi, il est injurieux. En plus, il est faux.

La haine n’est pas au programme de notre projet rédactionnel. Nos positions éditoriales tranchées – et qui ont parfois choqué au nord du pays – ont justement toujours rejeté ce qui nourrit le repli sur soi, le rejet de l’autre. C’est en cela que les nationalismes, où qu’ils soient pratiqués, nous font peur. Nous aimons construire des ponts. Et si nous défendons à ce stade la survie du modèle belge, ce n’est pas par appât du gain, par peur de perdre ces fameux transferts ou par atavisme francophone. Non, c’est parce que nous croyons aux vertus du mélange des cultures, des langues, à la nécessité de faire marcher mieux cette Belgique, à la fois si différente et si proche, comme une expérience d’Europe en miniature. Rater un nouveau modèle belge, n’est-ce pas mettre l’Europe en échec ? Si on devait conclure à cet échec, nous l’assumerions sans nostalgie, en nous projetant dans l’avenir. Mais avec un sentiment de gâchis.

Le Soir ne serait donc même pas bon, selon Bart De Wever, à servir de papier WC. Le Soir ne ferait rien d’autre dans son projet éditorial, répète le leader de la N-VA, que de vouloir le noyer, l’interner ou le traiter de nazi. Il faudrait donc, concluent des membres du parti, interdire ce journal dans les bibliothèques publiques de Flandre…

Le Soir ne peut être réduit à cela. Nous voulions le faire savoir, en direct. En présentant toutes les pièces du dossier.

« Le Soir » a compris très tôt l’importance de faire évoluer le modèle belge

S’il faut discuter âprement avec un ou des pans de l’opinion publique flamande, que ce soit sur base d’une bonne connaissance de la réalité ou parce que nos opinions interpellent, sur l’avenir de Bruxelles, sur l’avenir du pays, sur la note de l’un ou l’autre formateur, sur la sécurité sociale, etc. Mais pas sur des bases tronquées, ou partielles.

Et pourquoi en plus, décider que parce qu’on n’est pas du même avis, parce qu’on s’est copieusement fâchés, on ne peut plus s’écouter, se parler mais uniquement se boycotter ou s’insulter ? Nous avons toujours pensé que l’échange et le dialogue, quelles que soient la dureté et l’âpreté du conflit, ne devaient jamais être interrompus. Nous ne sommes ainsi pas partisans du séparatisme mais il est évident pour nous que ce projet est légitime, porté par un parti politique qui a évidemment plus que le droit d’en faire son leitmotiv. Cela mérite qu’on l’explique, qu’on en débatte, qu’on interroge ceux qui le portent.

Un média  n’est pas là pour être consensuel. Il en mourrait

Quel est le mode d’emploi de cette édition flamande ? Nous vous le présentons ci-contre. Quatre pages spéciales en néerlandais ouvrent ce journal distribué au nord du pays et à Bruxelles. Les deux premières pages exposent ce qu’est le travail du Soir sur la Flandre : son dispositif journalistique, ses chroniqueurs réguliers, ses publications d’opinions, ses opérations d’échange avec De Standaard, De Morgen… Il nous paraissait aussi fondamental de republier les éditoriaux du Soir sur la matière communautaire, après l’échec de l’Orange bleue, après les élections, sur le sort de Bruxelles (« Bruxelles n’est pas à vendre »), au moment du record battu de pays sans gouvernement… A les lire, on constatera que Le Soir a compris très tôt l’importance de faire évoluer le modèle belge, tout comme l’impérative nécessité de maintenir une région à part entière à Bruxelles.

Les deux dernières pages présentent les éléments qui sont à la base des critiques de la N-VA. Du moins, selon nos estimations, car Bart De Wever a toujours refusé de répondre à nos demandes de rencontre, même informelles, pour une discussion franche. Le Soir serait-il un ennemi commode, ou notre travail certainement imparfait mais forcené, de mise en communication des deux pans du pays, gênerait-il ? Nous sommes forcés de rester devant nos propres interrogations.

Nous vous proposons une version adaptée de cette édition flamande. De manière à ce que vous puissiez la consulter également. Des extraits de textes ont été sélectionnés mais l’intégralité de tous les articles auxquels il est fait référence, se trouvent sur notre site internet dès ce matin, en français et en néerlandais.

Nous vous livrons pour terminer, la conclusion de notre dossier adressé à l’opinion publique flamande : « Plongez-vous dans ce dossier. Et vous jugerez, en direct, pas par procuration, si Le Soir est l’ennemi de la Flandre ou l’un de ses meilleurs interlocuteurs : passionné, curieux, critique, exigeant et… francophone. Rappelez-vous : un média est là pour informer, pour créer la circulation des idées, il n’est pas là pour être consensuel. Il en mourrait. »

Le Soir et la Flandre

Les pages 2 et 3 de l’édition flamande contiennent plusieurs éléments témoignant de la constance du Soir dans sa couverture de la Flandre. Et de sa ligne éditoriale en ce qui concerne les négociations communautaires.

Les lecteurs de Flandre y retrouveront :

Cinq éditoriaux clés. Ce sont des textes importants, rédigés par Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir, et Véronique Lamquin, chef du service politique du Soir. Le premier insistait, en novembre 2007, déjà, sur la nécessité d’une grande réforme de l’Etat. D’autres évoquent le maintien impératif d’une région à part entière à Bruxelles, l’importance du bilinguisme. Sans tabous, toujours. Vous retrouverez une synthèse de ces textes que vous avez lus dans Le Soir en page 4 de cette édition francophone.

Les journalistes et chroniqueurs. Pas moins de huit journalistes du Soir consacrent une partie importante de leur temps à la couverture de la Flandre. C’est davantage que dans toute autre rédaction francophone. Des chroniqueurs flamands interviennent régulièrement dans nos colonnes, et une large palette d’opinions venue du Nord y est représentée. Ces noms sont présentés aux lecteurs flamands.

Les initiatives communes. Le Soir a régulièrement pris des initiatives avec De Morgen et De Standaard. Elles sont présentées aux lecteurs flamands, de même que l’édition « périphérie » et notre « Saga Belgica ».

Le Soir et Bart De Wever

Le président de la N-VA utilise régulièrement des articles parus dans Le Soir pour illustrer le fait qu’on le diabolise du côté francophone. Il a même souligné dans un entretien à Het Laatste Nieuws que notre journal ne valait pas davantage que du « papier toilette ».

Dans les pages 4 et 5 de cette édition unique diffusée en Flandre, nous reprenons les sept litiges qui opposent Bart De Wever au Soir. Sans tabous, là encore, afin de permettre aux lecteurs en Flandre de se faire une opinion. Outre des extraits substantiels de ces textes, dont l’intégralité est disponible sur lesoir.be/vlaanderen, nous publions une explication plus ou moins longue de ces « litiges ».

DELVAUX,BEATRICE
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