Cinéma Elizabeth Taylor est décédée mercredi. Elle avait 79 ans

La dernière des stars de Hollywood

C’est une chanson de Jacques Duvall : « Elizabeth Taylor/Retire lentement/Son peignoir lamé or/Ses bas et ses diamants/En sifflant du Gershwin/Et du Jack Daniels/Elle dénude sa poitrine/La plus belle c’est bien elle. » Et cette chanson dit tout. La beauté, la sensualité, le goût des pierres précieuses et de l’alcool, la fascination qu’elle a exercés et qu’elle exerce encore sur les hommes et les femmes, sur les amoureux du cinéma et sur les autres.

Car tout le monde connaît Elizabeth Taylor, tout le monde se rappelle sa fragilité dans ses premiers grands rôles, sa munificence dans Cléopâtre, son outrance dans Qui a peur de Virginia Woolf ?, sa beauté confortable et ses amples fureurs dans La mégère apprivoisée.

Liz Taylor était une star, une des dernières de Hollywood. Il reste sans doute Lauren Bacall, mais elle n’avait pas le même statut, et Kirk Douglas côté mâle. Mais elle avait quelque chose en plus que ces deux monstres sacrés : un immense amour de la vie, en plus de son amour du cinéma, qui la fit mordre à pleines dents dans les fruits interdits de l’amour-passion, de l’alcool, des dépenses inconsidérées pour acquérir des diamants, de la coquetterie excessive, de l’élégance tapageuse. Tout ce qu’Andy Warhol a capté dans son fameux Silver Liz, qui fut vendu dix millions de dollars chez Christie’s à Londres.

Orageuse

Mais Liz Taylor ne fut pas qu’une diva outrée, souvent vulgaire et tapageuse sinon tape-à-l’œil. Elle avait l’amitié fidèle. Et la philanthropie aisée. Son combat contre le sida, grâce à la fondation qu’elle créa à la mort de son ami Rock Hudson, montre qu’elle ne fut pas que cette mégère non apprivoisée qui passait à travers la vie sans se préoccuper des autres. C’est d’ailleurs sans doute son amour dévorant de la vie dont elle montre là une face altruiste.

On s’en souvient peut-être trop peu, au café du Commerce, quand on parle de la Taylor. On préfère énumérer ses huit mariages (avec Nicky Hilton, Michael Wilding, Michael Todd, Eddie Fisher, Richard Burton deux fois, John Warner, Larry Fortensky). Ses amours difficiles avec Montgomery Clift qui parvenait mal à cacher son homosexualité, son amour vrai pour un autre homosexuel, Rock Hudson, ses liaisons avec Stanley Donen, avec Frank Sinatra, avec Richard Brooks…

« Oui, le sexe m’a très vite intéressé, raconte Elizabeth Taylor dans une interview. Mais je me suis mariée vierge. Sans aucune expérience, totalement naïve et je ne savais rien du corps des garçons. Mais je savais que je voulais me marier vierge. Et c’était… très dur pour moi. Dieu que c’était dur ! J’étais prête pour cette expérience-là : faire l’amour. Je suppose que c’est dans mes gênes. Je suis née comme ça. L’amour n’a rien à voir avec l’âge. Je compte bien être sexuellement active à 65 ans. » Nul doute qu’elle le fut.

Quand elle s’est mariée, la première fois, elle avait 18 ans. Elle avait déjà tourné 14 films. Elle était magnifique. Sa beauté éclatait dans Une place au soleil, où Montgomery Clift délaisse Shelley Winter pour elle. Elle est lumineuse dans Ivanhoé, où sa passion pudique pour Robert Taylor s’efface devant l’amour que le chevalier porte à la blonde et fade Joan Fontaine. Elle, la noire aux yeux violets, veut montrer que les hommes ne préfèrent pas les blondes. Elle amplifie sa sensualité dans La chatte sur un toit brûlant et Soudain l’été dernier.

Dans un Hollywood qui ne pense qu’au sexe mais qui l’enveloppe d’une pruderie mesquine, elle est la chatte qui vient se frotter délicieusement contre les jambes masculines. Avec un talent prodigieux (revoyez Une place au soleil, Soudain l’été dernier, La chatte sur un toit brûlant, La Vénus au vison, Qui a peur de Virginia Woolf ?), avec une séduction d’ensorceleuse, une beauté envoûtante, une sensualité dévorante (revoyez-la, nimbée de sueur, dans La chatte sur un toit brûlant).

Mais les philtres de passion ont leurs revers. La diva se conjugue au superlatif. Elle qui gagnait 1.500 dollars par semaine en 1951 pour Une place au soleil, exige 500.000 dollars pour Soudain l’été dernier, un million et 10 % des bénéfices pour Cléopâtre, idem pour Qui a peur de Virginia Woolf ? La démesure l’emporte. Dans tous les domaines. Elle acquiert des bijoux célèbres, comme le Taylor-Burton Diamond de 69,42 carats. Elle boit, elle se shoote aux amphétamines. Avant le tournage de Cléopâtre, on lui propose de rencontrer Richard Burton. Elle refuse : « À cette heure-là, je ne peux pas, c’est le moment où Fisher et moi on aime baiser. »

Ah, le fameux tournage de Cléopâtre en 1962. Un abîme à millions. Et une source incroyable pour les journaux people. Burton et Taylor jouent Roméo et Juliette façon alcool à 80º. Ils s’embrassent tellement fort que Mankiewicz a beau gueuler « Couper », ils poursuivent leur bouche à bouche comme si leur survie en dépendait. Sur le plateau de Cinecitta, tout le monde s’engueule, les amants ne pensent qu’à ça, les producteurs de la 2Oth Century Fox se mordent les doigts, Mankiewicz, imperturbable, poursuit son travail, les paparazzi envahissent le tournage…

La réputation du couple est faite. Elle est confirmée par La mégère apprivoisée, puis par Qui a peur de Virginia Woolf ? Il se fait et se défait, au fil des bagarres, des soûleries, des réconciliations paroxystiques. Liz grossit. On la trouve laide. Elle aime la mode voyante. On la trouve vulgaire. Mais elle maigrit. Elle se reprend. Elle se lie d’amitié avec Michael Jackson. Elle est la marraine de Paris et Prince Michael. Elle ne cesse de se donner au combat qu’elle mène contre le sida.

Ces dernières années, elle souffrait d’insuffisance cardiaque. d’ostéoporose et de scoliose. Elle ne se déplaçait plus ces derniers mois qu’en fauteuil roulant.

Elle était née en Angleterre le 27 février 1932. Elle est morte mercredi à Los Angeles. Elle a bien vécu. Comme une star et comme une femme. Avec passion. C’est ce regard violet et cette passion que nous retiendrons d’elle.

filmographie

1942. Premier film, There’s one born every minute, d’Harold Young. Elle a dix ans.

1944. Premier grand succès, Le grand national, de Clarence Brown.

1949. Les quatre filles du Dr March, de Mervyn Le Roy.

1951. Premier grand rôle dramatique, Une place au soleil, de George Stevens.

1952. Ivanhoe, de Richard Thorpe.

1956. Géant, de George Stevens.

1958. La chatte sur un toit brûlant, de Richard Brooks.

1959. Première récompense. Soudain l’été dernier, de Jospeh L. Mankiewicz. Un Golden Globe Award.

1960. Premier Oscar. La vénus au vison, de Daniel Mann.

1963. Cléopâtre, de Jospeh L. Mankiewicz.

1966. Deuxième Oscar. Qui a peur de Virginia Woolf ?, de Mike Nichols.

1967. La mégère apprivoisée, de Franco Zeffirelli.

1967. Reflets dans un œil d’or, de John Huston.

1968. Cérémonie secrète, de Joseph Losey.

1973. Terreur dans la nuit, de Brian G. Hutton.

1973. Premier téléfilm, Divorce.

1976. L’oiseau bleu, de George Cukor.

1980. Le miroir se brisa, de Guy Hamilton.

1988. Toscanini, de Franco Zeffirelli.

1992. Elle apparaît dans les Simpson.

1994. Dernier film, Les Pierrafeu, de Briant Levant.

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