Farley Granger rejoint Hitchcock et Visconti

Cinéma La disparition d’une gueule de Hollywood

Après « Senso », on ne verra plus Granger qu’au théâtre et à la télévision. © d.r.

On vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître. À moins, bien sûr, d’avoir été biberonnés au sein nourricier d’une cinéphilie galopante.

Farley Granger, mort dimanche à New York à l’âge de 85 ans, ne connut qu’une très brève heure de gloire, en entrant dans la lumière à à peine dix-huit ans, et en regagnant l’ombre avant ses trente ans, pour se consacrer alors principalement au théâtre (à Broadway) et à la télévision.

En 1943, Granger, découvert par le producteur Samuel Goldwyn, fait ses premiers pas devant la caméra. Puis, un an après L’Etoile du Nord, Lewis Milestone le reprend dans les Prisonniers de Satan.

Après un petit passage par la marine, Granger revient au cinéma par la grande porte. C’est coup sur coup Alfred Hitchcock et Nicholas Ray (Les amants de la nuit) qui font appel à cette gueule d’ange, aussi ténébreux que précieux, voire fragile. Hitchcock lui offre un rôle caviar (celui de l’étudiant Philip Charles), face à James Stewart, dans La corde.

Courtisé par la MGM, qui lui fait signer un contrat de cinq ans, Granger rencontre ses premiers échecs commerciaux. Mais Hitchcock, encore lui, lui offre une nouvelle chance, qu’il saisit, en campant l’écorché Robert Walker dans L’inconnu du Nord-Express. Le film lui vaut des éloges quasi unanimes… à part de Sir Alfred, qui estime sa prestation un peu fade !

Trois ans plus tard, et après quelques productions hollywoodiennes du pur jus (avec notamment Charles Vidor, Vincente Minnelli, Richard Fleischer ou Henry King), Farley Granger met un terme à sa collaboration avec Goldwyn et part en Europe, où il rejoint le tournage de Senso. Face à Alida Valli, inoubliable en comtesse italienne transie d’amour et bientôt rongée par le désespoir, Granger incarne le troublant et maléfique lieutenant Franz Mahler. C’est assurément le rôle de sa vie, dans un film tourné par un Luchino Visconti alors à son sommet.

Pour la petite histoire, le maître italien souhaitait initialement que le couple romantique soit défendu par Ingrid Bergman et Marlon Brando.

Au lendemain de ce coup d’éclat, Granger se détournera du cinéma. Et n’y reviendra, via quelques modestes productions italiennes, qu’au début des années 70.

CROUSSE,NICOLAS
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