Fukushima : des années de crise

Environnement Le gouvernement en alerte maximale, la radioactivité se répand

Alors que le Premier ministre japonais a indiqué que son gouvernement était en état d’« alerte maximale » pour faire face à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, il apparaît de plus en plus que la pire crise de l’histoire du pays devrait durer des mois, voire des années. Si les piscines de stockage des combustibles usagés sont désormais alimentées régulièrement avec de l’eau douce, la situation dans trois des six réacteurs concentre toutes les attentions. Car les opérateurs de la centrale tentent de refroidir les réacteurs en injectant de l’eau directement dans les cuves. Cette eau se vaporise au contact du combustible endommagé, partiellement fondu, et très chaud, puis se condense et retombe chargée en radioactivité. Des taux 100.000 fois supérieurs à la normale ont ainsi été mesurés dans le bâtiment des turbines du réacteur nº 2, et des taux de 1.000 millisieverts, dose très dangereuse, repérés dans une tranchée d’évacuation d’eau de ce même réacteur. « Deux explications, avance Thierry Bastin, spécialiste nucléaire à l’université de Liège. Soit la cuve du réacteur est endommagée et laisse échapper l’eau. Soit la fuite se situe dans les tuyauteries. En tout état de cause, les niveaux mesurés sont trop importants pour qu’on puisse s’approcher de la source. Ça, c’est une mauvaise nouvelle, aussi parce que l’eau a sans doute déjà coulé vers la mer. » Des spécialistes français et britanniques s’accordent à dire que si la radioactivité devait se diluer dans l’immensité de l’océan, elle pourrait durablement menacer la pêche et la récolte d’algues dans les environs immédiats de la centrale.

« C’est un accident hors norme, s’exclame Bastin. Aucun spécialiste n’a jamais travaillé là-dessus et c’est le cauchemar des exploitants de centrales. Les cœurs des réacteurs qui ont partiellement fondu continueront à dégager une chaleur considérable pendant très longtemps. Au Japon, on en a pour des mois, voire des années à les refroidir avec de l’eau et à empêcher celle-ci de s’échapper dans l’environnement. »

DE MUELENAERE,MICHEL
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