Gbagbo, lâché par tous, refuse toujours de céder

ABIDJAN, la capitale économique, a été secouée par des tirs à l’arme lourde. © LEGNAN KOULA/EPA.

Laurent Gbagbo a choisi de s’accrocher jusqu’au bout, quitte à sacrifier Abidjan. Depuis jeudi soir, les habitants de cette métropole sont terrés chez eux. Ils attendent que cessent les combats à l’arme lourde entre les forces spéciales de Gbagbo et les troupes d’Alassane Ouattara, et tentent d’échapper aux milices et aux pillards qui sillonnent les rues.

Vendredi soir, un calme précaire semblait revenir, mais la situation était toujours bloquée. Gbagbo s’est enfermé dans son palais présidentiel, sourd aux appels de la communauté internationale (la France, l’ONU, etc.) et notamment du président de la Commission de l’Union africaine. Ce dernier, Jean Ping, lui a demandé de remettre immédiatement le pouvoir à son rival Alassane Ouattara « afin d’abréger les souffrances des Ivoiriens ». Un des porte-parole de Gbagbo, Toussaint Alain, était catégorique : « Il n’a pas l’intention d’abdiquer ou de se rendre à un quelconque rebelle que ce soit. » « Il ne démissionnera pas, il n’en sortira pas vivant », ajoutait un de ses très proches amis, l’ex-socialiste français Guy Labertit (lire ci-contre).

Et pourtant, vendredi soir encore, la Mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci) s’est dite « prête à faciliter » le départ de Gbagbo « si tel était son souhait ». Une Onuci qui s’est révélée ces dernières heures très discrète : elle a certes pris jeudi soir le contrôle de l’aéroport international d’Abidjan, et a plus tard « accueilli » dans une de ses bases une partie des milices de jeunes pro-Gbagbo qui se sont placées sous sa protection, mais on ne l’a pas vue patrouiller dans la ville.

La résistance de Laurent Gbagbo est pourtant vouée à l’échec : Ouattara contrôle désormais 80 % du pays tandis que Gbabgbo est de plus en plus seul.

André Banhouman Kamate, le président de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme, a passé une nuit d’angoisse dans sa maison d’Abijan avec ses enfants « traumatisés par les murs qui tremblent ». Pour lui, le principal danger à craindre ne vient pas des troupes de Gbagbo qui ont souvent fait défection, mais des milices qui sillonnent toujours Abidjan. Il s’agit le plus souvent de jeunes désœuvrés pro-Gbagbo qui appartiennent à la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci).

Le défenseur des droits humains ne craint pas pour autant une situation à la rwandaise : « Abidjan et d’autres villes sont cosmopolites, les gens ont appris à y vivre ensemble. Et dans les territoires conquis à l’ouest par Ouattara, il n’y a pas eu de règlements de comptes jusqu’à présent. En revanche, il ne faut pas écarter les risques de pillage. Tout dépendra de la capacité de Ouattara à faire régner l’ordre une fois qu’il aura récupéré le pouvoir. »

D’autres observateurs sont moins optimistes : le politologue français Michel Galy, spécialiste de la Côte d’Ivoire, ne cache pas son inquiétude. « Si Gbagbo disparaît ainsi, qui peut savoir ce que feront ses partisans ?, s’interroge-t-il. Même les Français aujourd’hui sont inquiets et essaient d’éviter le pire… En outre, Abidjan, une ville de trois millions d’habitants, risque d’être envahie par des combattants venus de la brousse, du Burkina Faso, du Liberia, qui pourraient se livrer à des pillages… »

Quant au haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, il a indiqué, via le porte-parole Rupert Colville, « disposer d’informations faisant état de graves violations des droits humains commises par les forces pro-Ouattara, en particulier à l’ouest : des pillages, des extorsions de fonds, des enlèvements, des arrestations arbitraires et des mauvais traitements de civils », les pro-Gbagbo ayant eux aussi multiplié les crimes ces derniers jours. On dénombre de 600.000 à 1 million de déplacés, qui manquent de tout. Au pays du cacao, la crise est totale et bien amère.

BRAECKMAN,COLETTE,MARTIN,PASCAL
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