La Fédération Wallonie-Bruxelles se lève au sud

Ne dites plus « Communauté française de Belgique », mais « Fédération Wallonie-Bruxelles » ! Nouveau, ça ? Non, mais « officiel », cette fois.

Doulkeridis et Turine (Ecolo), Picqué et Demotte (PS), Borsus (MR), Antoine (CDH) et Miller (MR) : les quatre partis francophones avancent unis pour créer la Fédération Wallonie-Bruxelles, un « pont » entre les deux Régions. © bruno fahy/belga

L’idée est dans l’air depuis plusieurs années. En avril 2008 déjà, Charles Picqué et Rudy Demotte (PS) avaient lancé leur « plaidoyer bi-régional » dans les colonnes du Soir : « L’affirmation de deux Régions solidaires, égales en statut, guide nos propositions. Ce principe implique que la Région bruxelloise se voie reconnaître le même degré d’autonomie constitutive que les autres entités. L’égalité passe surtout par le refinancement structurel de la Région bruxelloise. C’est une nécessité mais, plus encore, un droit (…) Pour consacrer cette solidarité, une instance commune disposant de compétences et d’un budget propres – la Communauté française revisitée – est la formule la plus adéquate. En effet, penser qu’on renforcera la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles en niant l’institution qui à vocation à les rassembler est un leurre (…) »

En juillet de la même année, l’idée d’une fédération balisait les conclusions du groupe de travail mis en place autour d’Antoinette Spaak (FDF-MR) et Philippe Busquin. Le député régional Richard Miller (MR) avait ensuite déposé des propositions de résolution allant dans ce sens. Et le 16 février dernier, une dépêche d’agence prématurée avait annoncé que l’affaire était entendue… Avant que ne tombe un démenti embarrassé, ce qui prouvait qu’au-delà des mots, le sujet est très sensible.

Mais cette fois, c’est donc chose faite : « Nous nous sommes accordés ce jour sur l’adoption de la nouvelle dénomination », a annoncé urbi et orbi le ministre-président wallon et communautaire Rudy Demotte (PS), lundi après-midi à Namur, après une réunion de la Commission Wallonie-Bruxelles, installée en début d’année. La suite relève de la pure forme, de l’avis unanime des mandataires présents au nom des quatre partis démocratiques : « Le parlement de la Communauté française adoptera une résolution pour consacrer l’usage de “Fédération Wallonie-Bruxelles”. C’est la même procédure qu’à l’époque où le conseil régional est devenu un parlement régional », précise Rudy Demotte.

Au surlendemain des déclarations de Kris Peeters (CD&V), le ministre-président flamand, sur le statut de Bruxelles, l’accélération de la réflexion des francophones et l’annonce rapide et solennelle de leur décision n’a rien d’innocent. Willy Borsus (MR) a beau insister sur le côté « symbolique » de celle-ci, le moment choisi pour passer à l’acte est lourd de sens : « Bien entendu, c’est aussi une décision de circonstance, souligne André Antoine. Nous ne voulons pas que “Wallonie” s’écrive en majuscules et “Bruxelles” en minuscules. Dans cette fédération, il y aura d’abord du respect. Les deux Régions sont strictement sur pied d’égalité. »

Le message adressé au nord du pays est clair, sans être ouvertement agressif pour autant. Un : « Nous dessinons aujourd’hui le nouveau paysage politique intra-francophone dans une Belgique fédérale », dit Richard Miller. Deux : « Il s’agit de dépasser le stade du “qui est compétent où” pour privilégier la qualité du service aux citoyens », souligne Christos Doulkeridis (Ecolo). Trois, enfin – ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, dit l’adage : « Les quatre partis affirment que la Région de Bruxelles-Capitale ne sera jamais aliénable à une autre entité, insiste Rudy Demotte. Ils reconnaissent à travers la dimension bi-régionale de cette fédération que Wallonie et Bruxelles sont sur pied d’égalité. Les Bruxellois ont le droit de décider de leur avenir. Une fédération interdit la domination : Bruxelles ne sera pas cogérée. »

Sous certains aspects, l’initiative des Wallons et des Bruxellois s’offre même comme un défi : « Si nous avions une meilleure coopération avec la Région flamande, un pendant à cette coopération serait peut-être possible, regrette le Bruxellois Doulkeridis. Mais Bruxelles ne peut pas agir seul… »

Une main tendue, mais sous condition, aux Flamands : « La Flandre peut s’inscrire dans cette dynamique avec des accords de coopération, mais cela suppose bien sûr qu’elle reconnaisse Bruxelles comme une région pleine et entière. »

Alors, concrètement, une Fédération Wallonie-Bruxelles, comment ça marche ? C’est Charles Picqué (PS), le ministre-président qui donne le mode d’emploi : « Il s’agit de dépasser les compétences communautaires, qui subsistent, pour avoir des objectifs régionaux communs à travers des accords de coopération. Le but est de développer ensemble les deux régions. Pour celles-ci, la fédération devient un lieu de débats sur des ambitions et des projets communs. » Il s’agit maintenant de rédiger une « table des matières » des dossiers sur lesquels les deux régions pourraient collaborer.

DEFFET,ERIC
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