Donner un rein par le vagin

Don d’organe Une première francophone à Lyon !

Accoucher d’un enfant est souvent l’aboutissement d’une histoire d’amour. « Accoucher » d’un rein est plus exceptionnel. Il y a quelques semaines a eu lieu à Lyon une première francophone. Une femme désirant donner un rein à son mari malade s’est vu extraire l’organe… par la voie du vagin.

« Donner un rein est un acte admirable. Si l’on peut éviter à une personne capable d’un tel geste d’en porter les stigmates, il n’y a pas à hésiter », argumente le chirurgien urologue Philippe Paparel, qui a pratiqué l’opération à l’hôpital de Lyon. La technique, utilisée par trois équipes dans le monde, est née d’une observation simple. De plus en plus d’opérations s’effectuent sans devoir ouvrir le corps, à l’aide de matériel robotisé dirigé par microcaméra. « C’est le cas lors d’une ablation de rein, à l’exception du dernier geste : l’incision de la paroi abdominale qui permet d’extraire le rein », regrette le professeur Paparel. D’où l’idée d’emprunter une voie différente.

La technique consiste à faire sortir le rein en incisant le fond du vagin. Elle évite une cicatrice de 8 cm sur le ventre. « En incisant la paroi abdominale on coupe un muscle, ce qui signifie inévitablement l’abîmer. Même si on le suture, il ne récupère pas la totalité de ses capacités et la cicatrice, douloureuse, peut se rouvrir. » Ici l’intrusion se limite aux trous nécessaires à l’entrée des instruments, suffisamment petits pour écarter les fibres musculaires et non les sectionner. La seule incision est pratiquée dans la paroi vaginale, une muqueuse qui a la propriété de bien cicatriser. Il n’y a aucune répercussion sur la vie sexuelle, au niveau de la lubrification comme du plaisir.

« Les patientes qui bénéficient d’une extraction vaginale peuvent rentrer chez elles au bout de 24 h, deux fois plus tôt que les autres, et estiment les douleurs postopérationnelles inférieures à 3 sur une échelle de 10, ce qui est très faible. » Cette opération est une avancée pour les dons de personnes vivantes. « Un rein est en effet viable 20 ans quand le donneur est vivant, contre 15 ans pour un rein prélevé sur une personne décédée. Les dons post-mortem sont imprévisibles et la personne à greffer n’est pas toujours à proximité du donneur. Quelques heures de transport peuvent tout changer car non irrigué, le rein se dégrade extrêmement vite. »

Quant à l’espérance de vie des donneurs, elle semble supérieure à la moyenne. « Ces personnes sont surveillées comme du lait sur le feu et bien mieux suivis que la population générale ! »

« Le progrès de cette technique reste à évaluer »

Ce type de technique, désignée en anglais par l’acronyme Notes, pour « Natural Orifice Translumenal Endoscopic Surgery », permet d’intervenir sur des organes sans aucune incision visible. Ce n’est pas une technique spécifique au don d’organe, puisqu’elle permet de retirer des reins souffrant d’infections ou des cancers, explique Daniel Abramowicz, chef de la clinique de transplantation rénale de l’Hôpital Erasme (ULB). C’est une variante de la technique par coelioscopie, qui date de 15 ans et qui est la technique standard : on introduit 3 ou 4 trocarts dans la cavité péritonéale qui permettent de procéder à la libération du rein du système circulatoire. On utilise du gaz afin de gonfler cette cavité et d’opérer avec davantage de facilité ». Le rein, une fois isolé, est ensuite sorti du corps via une petite incision de 5-6 centimètres de large, comparable à la cicatrice d’appendicite. « Généralement, elle se fait très bas, sous la ligne du maillot, afin qu’elle ne soit pas visible à la plage. Evidemment, si l’on procède via une incision du vagin, il n’y a plus de cicatrice visible. Travailler par endoscopie a évidemment représenté un progrès important face à la technique précédente, qui provoquait une cicatrice d’une douzaine de centimètres et nécessitait parfois que le chirurgien scie une côte pour avoir accès à l’organe ».

La technique classique s’accompagnait aussi d’une hospitalisation de 10 à 15 jours, un délai ramené de 4 à 7 jours avec l’endoscopie. « Passer via le vagin semble diminuer encore ce temps d’hospitalisation. Cela semble aussi moins douloureux et provoquer moins d’usage d’anti-douleurs morphiniques, qui provoquent notamment un ralentissement du transit intestinal, ce qui provoque un désagrément incontestable. Certaines patientes semblent même pouvoir ressortir de l’hôpital après un seul jour ».

La cicatrice peut-être pas si importante

Alors, un progrès incontestable ? « Il faut rester prudent : des équipes espagnoles, françaises et américaines l’ont déjà testé, mais il est nécessaire de faire une vraie étude où, par tirage au sort, la moitié des patientes seront traitées avec cette technique innovante et l’autre avec la méthode coelioscopique avant de conclure que les bienfaits sont supérieurs à d’éventuels risques non identifiés. En Belgique, seules 10% des 400 greffes rénales annuelles se font avec des donneurs vivants. A ma connaissance, la technique n’a pas été expérimentée dans notre pays et sa situation dans le peloton de tête des greffes prélevées sur des donneurs décédés, grâce à une loi qui présume que chacun est donneur, ne permettra sans doute pas à nos équipes de jouer un rôle pionnier dans ce domaine. Par ailleurs, l’impact de cette technique sur la décision d’une femme de donner un de ses reins pour sauver un proche doit encore être évalué, mais risque de ne pas jouer un rôle majeur ».

Le principe

Une incision au fond du vagin

Le premier temps de l’intervention est semblable à celui d’une ablation de rein classique. Le chirurgien effectue quatre trous dans la paroi abdominale au niveau du rein. Des tubes chirurgicaux appelés trocarts servent à faire passer une minicaméra et des instruments chirurgicaux. Grâce à eux, le rein est détaché des vaisseaux et de la peau qui le rattachent à la paroi abdominale.

La patiente est mise en position gynécologique, jambes repliées. Une incision est pratiquée tout au fond du vagin, au niveau du col de l’utérus. C’est de là que l’on va faire entrer un sac d’extraction dans l’abdomen . Le rein est alors mis dans le sac. Il ne reste plus qu’à l’extraire par le vagin.

DRUEZ,NICOLAS,SOUMOIS,FREDERIC
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