Roger Vangheluwe se confesse en direct à la télévision

L’ex-évêque pédophile de Bruges sort de son silence, un an après sa démission.
Il avoue avoir abusé d’un deuxième neveu. C’est la consternation.

Roger Vangheluwe a exprimé des regrets dès le début de l’interview. Il s’est expliqué ouvertement sur les abus à l’encontre de ses deux neveux, actes qui ont duré treize années pour l’un des garçons, moins d’un an pour le second. © VT4/Vlaanderen Vandaag.

La scène est surréaliste… Roger Vangheluwe, 74 ans, l’ex-évêque de Bruges, contraint au bannissement par le Vatican, pour s’être livré à des abus sexuels sur un neveu, s’est longuement confié à nos confrères de la chaîne privée flamande VT4, jeudi soir. Pour la première fois, depuis sa démission forcée, le 23 avril 2010, l’homme s’est livré, calmement, froidement, avouant avoir abusé d’un deuxième neveu (ce qu’il s’était gardé d’admettre dans sa confession écrite, voici près d’un an).

L’archevêque André Léonard a pris connaissance d’une partie de ses déclarations, jeudi soir, mais n’a pas souhaité les commenter… C’est que l’affaire tombe au plus mal, pour l’Eglise catholique de Belgique, qui n’a toujours pas répondu à l’appel quasi unanime du Parlement à établir un tribunal arbitral, afin de répondre aux attentes des centaines de victimes d’abus sexuels commis par des prêtres et des religieux, ces quarante dernières années.

Qu’a dit l’ex-évêque, interviewé en direct, sur VT4, depuis son refuge français ? Qu’il regrette ses actes, évoquant ouvertement les abus sexuels dont il s’est rendu coupable, pendant 13 années pour l’un des garçons, et moins d’un an pour le second.

« Cela n’avait rien à voir avec la sexualité, avance-t-il. Je me suis souvent occupé d’enfants et je n’ai jamais ressenti la moindre attirance. C’était de l’intimité qui s’installait ». « Je n’ai pas du tout l’impression d’être un pédophile, poursuit-il, accablant sa victime : C’était comme une petite relation. Je n’avais pas l’impression que mon neveu y était opposé, que du contraire ».

Le prêtre n’hésite pas à banaliser son comportement : « Comment cela a-t-il commencé ? Comme dans toutes (sic !) les familles : quand ils venaient en visite, mes neveux dormaient chez moi. Ça a commencé comme un jeu avec ce garçon. Il n’a jamais été question de viol, ni de violence physique. Il ne m’a jamais vu nu et il n’y a pas eu de pénétration ».

Roger Vangheluwe précise que les faits n’ont jamais donné lieu à un orgasme, et qu’ils se produisaient plusieurs fois par an, quand la famille lui rendait visite… « C’était devenu une sorte d’habitude. Je n’étais pas conscient que cela avait un tel impact sur mon neveu. Je croyais qu’il s’agissait de choses superficielles. (…) Naturellement, je savais que ce n’était pas bien, je l’ai confessé régulièrement »… L’ex-évêque n’a pas précisé si le secret de la confession, bien gardé, lui avait permis de continuer à sévir.

D’après lui, c’est la réprobation de son neveu qui l’a convaincu de mettre un terme aux abus. La victime a mis la famille au courant, qui aurait convenu de garder le silence. Roger Vangheluwe a précisé qu’il avait versé plusieurs millions de francs belges à son neveu : « Il me demandait régulièrement de l’argent… Il voulait acheter une maison ».

« Les faits ont cessé il y a 25 ans. J’ai pu vivre avec cela et très bien travailler », dit-il, invitant les victimes à « se tourner vers des gens qui pourront les aider. Et alors apprendront-elles peut-être à vivre avec le passé ». L’homme prétend avoir envisagé le suicide… « Un acte lâche, une fuite. Cela revient à abandonner les gens encore un peu plus ».

Stefaan De Clerck, ministre de la Justice, a réagi en parlant de « comportement irresponsable » et en appelant l’Eglise à mettre fin à cette affaire.

GUTIERREZ,RICARDO
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