Cuba : Acheter une maison devient possible

Un souhait populaire enfin légalisé

© AFP/ADALBERTO ROQUE

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la havane

DE NOTRE CORRESPONDANT

Si le VIe congrès du Parti communiste cubain s’est achevé mardi sans changements politiques significatifs, La Havane a posé les bases pour que les Cubains puissent accéder la propriété privée. L’une des grandes revendications de la population.

Fidel Castro a démissionné de toutes ses charges officielles le jour où son frère Raul, nouveau premier secrétaire du PCC, a accédé à l’un des souhaits les plus chers des Cubains, l’accès la propriété privée. Ce symbole fort n’est pas passé inaperçu. Yoleimy, une retraitée du ministère de l’Intérieur, est aux anges. « J’adore les petits villages des plages de l’est de La Havane. Je vais enfin pouvoir vendre mon appartement de la Villa Panaméricana » (le village olympique des Jeux panaméricains de 1991, dont les habitations ont été données aux bons soldats du régime).

Si Yoleimy a été rapidement mise au courant de la possibilité de vendre et d’acheter des propriétés, l’annonce du gouvernement, très discrète, constitue une véritable révolution. Jusqu’ici, les Cubains devaient effectuer leurs transactions immobilières au marché noir, avec tous les risques que cela comporte. Seuls les propriétaires d’avant 1958 ont pu conserver leurs maisons. Ils ont pu la transmettre à leurs enfants, à condition toutefois qu’ils ne soient pas partis vivre l’étranger ou qu’ils ne soient pas tombés en disgrâce du régime.

« Cette nouvelle loi est vraiment une bonne chose. Actuellement, comme c’est le cas pour toute chose ici, il faut se débrouiller, sans aucune garantie légale, déplore Yirina, fille d’un membre du PCC. Les prix des propriétés demeurent pour l’instant très modestes, 15.000 dollars pour une maison de deux chambres dans une station balnéaire proche de La Havane. »

Parallèlement aux transactions illégales et aux dessous-de-table, les Cubains utilisent le système de la « Permuta ». « La Permuta est l’échange d’une propriété pour une autre. Cela nous permet de changer de maison lorsque celle-ci ne nous plaît plus. La transaction est légale et elle est paraphée par un avocat », confie Yirina.

Pas pour les étrangers

Avec le droit de voyager librement, d’avoir accès à internet, d’acheter et de vendre leur voiture (ce que le gouvernement vient d’accorder), c’était l’une des grandes revendications des Cubains. Ceux-ci sont tous persuadés qu’ils sont propriétaires de la maison où ils se trouvent, mais le gouvernement peut la reprendre à tout moment. Le président Raul Castro n’a pas précisé les modalités d’accès la propriété. Chose certaine, elle ne concernera pas les étrangers, même si de vagues projets de ventes d’appartements de luxe sont dans l’air du temps.

« Si les Yuma (NDLR : les étrangers) peuvent acheter des maisons ici, ils vont acheter l’île et cela, il n’en est pas question. Nous ne voulons pas que les Cubains de Miami deviennent les propriétaires de Cuba », conclut Yirina.

LEMIEUX,HECTOR
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