Elle incarnait l’amour à vingt ans

Cinéma Marie-France Pisier retrouvée morte dans sa propriété du Var

Les yeux fascinants de Marie-France Pisier, en 1976, dans « Le corps de mon ennemi ». © D. R.

Marie-France Pisier était en grande forme, toujours belle, taquine et resplendissante. Selon les premiers éléments de l’enquête, son décès serait accidentel. L’autopsie du corps aura lieu ce mardi matin mais la police française a déjà indiqué que l’actrice n’était ni menacée ni dépressive. Elle avait même confirmé sa présence au Festival de Cannes, dans le cadre de l’hommage qui sera rendu à Jean-Paul Belmondo, son partenaire du Corps de mon ennemi et de L’As des as.

C’est François Truffaut qui avait lancé sa carrière avec L’amour à vingt ans. Elle n’en avait que 17 pour incarner Colette en 1961. Marie-France Pisier n’avait jamais suivi de cours de théâtre et s’était contentée de répondre à la petite annonce du casting. « La raison pour laquelle Truffaut m’a prise pour ce rôle, c’est parce que j’étais d’une désinvolture absolue, vis-à-vis de la caméra, et vis-à-vis de lui », racontera-t-elle plus tard.

Ses yeux pétillants et clairs, son timbre de voix si particulier, son charme décontracté vont séduire les plus grands réalisateurs, d’Alain Robbe-Grillet à Luis Buñuel, Jacques Rivette ou André Téchiné avec Barocco, qui lui vaudra le César du meilleur second rôle en 1976.

Elle entrera dans la légende populaire grâce à la télévision, où elle explose le petit écran en Ludivine dans la série des Gens de Mogador. L’Amérique fond pour cette femme si émouvante dans le Cousin, Cousine de Jean-Charles Tacchella, pour lequel elle décrochera un autre César du meilleur second rôle.

En 1979, elle retrouve Truffaut et Colette dans L’Amour en fuite, qu’elle co-scénarise, avant d’accepter de jouer dans des films grand public, à l’image de L’As des as. Mais l’étiquette d’actrice intellectuelle lui colle à la peau. Titulaire d’une licence en droit et d’un diplôme en sciences politiques, elle n’avait pas peur d’afficher son engagement féministe. En 1971, elle faisait partie des signataires du « Manifeste des 343 salopes », une pétition de femmes affirmant tout haut avoir subi un avortement, un geste toujours illégal à l’époque.

A la fin des années 1980, Marie-France Pisier s’était lancée dans l’écriture. Elle a notamment publié Le bal du gouverneur, un roman autobiographique sur son enfance en Nouvelle-Calédonie, dont elle tirera son premier film en 1990. C’était « une véritable inspiration pour moi, une femme d’une énergie absolument solaire, curieuse de tout, qui ne se reposait jamais sur ses lauriers », a déclaré son amie Kristin Scott Thomas, très choquée par cette disparition mystérieuse et brutale dans la nuit de samedi à dimanche.

CINQ films marquants

Le corps de mon ennemi

Réalisé par Henri Verneuil en 1976, un portrait torride des mœurs de la bourgeoise provinciale.

La banquière

Réalisé par Francis Girod en 1980, Marie-France Pisier y dispute joliment la vedette à Romy Schneider.

Le prix
du danger

Réalisé par Yves Boisset en 1983, un pamphlet prémonitoire sur les dérives des jeux télévisés.

La Note
bleue

Réalisé par Andrzej Zulawski en 1991, un drame inspiré par la vie de Chopin et de George Sand, et un rôle féministe prédestiné pour Marie-France.

Les sœurs Brontë

Réalisé par André Téchiné en 1979, Isabelle Adjani incarne Emily et Marie-France Pisier, Charlotte.

COUVREUR,DANIEL,AFP
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