Le monde tétanisé face à Damas

Syrie La répression se poursuit, alors que des membres du Baas démissionnent

Bachar el-Assad. Le « raïs » syrien conduit une féroce répression contre la population. Le monde hésite à y répondre. © SERGEI SUPINSKY/AFP.

Que fait la communauté internationale devant les monstruosités qui se multiplient en Syrie ? Il y a ceux qui se taisent, comme les régimes arabes, terrifiés à l’idée d’expérimenter la même déchéance. Il y a ceux qui protestent, condamnent et étudient des sanctions, comme les Occidentaux, qui se gardent bien d’appeler le tyran local, Bachar el-Assad, à se retirer, comme ils le firent en Tunisie ou en Egypte. Dame ! c’est que personne ne sait qui succéderait au régime baasiste s’il devait quitter le pouvoir, et la peur de l’inconnu – disons les mots : la peur d’une prise de pouvoir par des islamistes extrémistes – calme bien des ardeurs. En d’autres mots, la Syrie n’est pas la Libye…

En tout cas, malgré les efforts du régime syrien pour empêcher les funestes informations sur la répression féroce de passer vers le monde extérieur, personne ne pourra exciper d’une méconnaissance de la situation, comme ce fut le cas en 1982 à Hama. Au XXIe siècle, les chapes de plomb sur l’information sont lézardées par les techniques modernes. Même les agences de presse peuvent encore travailler à Damas, pour le moment. En atteste, la dépêche que l’Agence France Presse a diffusée mercredi après-midi relatant la démission d’une trentaine de responsables du parti Baas de la ville de Banias où la répression a été sévère, et où des milliers de personnes ont encore osé défiler mardi. Ces hommes ont émis un communiqué aussi rarissime qu’édifiant.

« Les pratiques des services de sécurité à l’encontre des citoyens sans armes (…) sont contraires à toutes les valeurs humaines et aux slogans du parti Baas », affirment les signataires du texte, qui évoquent « les perquisitions dans les maisons, les tirs à balles réelles sans discrimination sur les gens, les maisons, les mosquées et les églises » et le comportement des services de sécurité « qui incite au confessionnalisme et suscite des sentiments d’hostilité entre les habitants du pays ».

Le monde sait, donc. Mais ne fera pas grand-chose. Depuis lundi, les derniers massacres et le déploiement massif de forces armées à Deraa, la petite ville méridionale d’où tout a démarré, Washington a annoncé étudier « des sanctions ciblées » et les capitales européennes ont un tantinet haussé le ton. Evoquant une « brutalité inacceptable », Paris a demandé « des mesures fortes » et Londres « des mesures, y compris des sanctions ». Le Belge Steven Vanackere a approuvé, expliquant : « Lorsqu’un régime tire sur sa population avec ses chars, un point de non-retour est atteint. »

Des sanctions ?

On ignore encore de quelles sanctions européennes il pourrait s’agir. Gel d’avoirs syriens ? Interdiction de voyage pour les principaux dirigeants ? Suspension de l’aide ? « Toutes les options sont sur la table », a assuré le porte-parole de Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne.

En attendant, quatre pays européens, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et le Portugal, ont commencé à faire circuler au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de condamnation de la répression en Syrie et une demande d’enquête. Mais tout le monde sait que la Russie, échaudée par l’expérience libyenne et se souvenant que Damas a longtemps été sous sa protection, mettra son veto.

A Genève, pendant ce temps, un porte-parole a annoncé mercredi que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU tiendrait vendredi une session spéciale sur la situation en Syrie, et cela à la demande des Etats-Unis. Il reste très difficile de recouper les informations, qu’il convient donc de prendre avec précaution. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (basé à Londres), le nombre des victimes civiles tuées s’élève en tout cas à 453 depuis le début de la contestation à la mi-mars.

LOOS,BAUDOUIN
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