Ultime mission pour Endeavour

Espace L’ISS va percer les mystères de l’antimatière

Si tout va bien, c’est ce vendredi à 21 h 47 (heure de Bruxelles) que doit décoller depuis le Centre spatial Kennedy de Cap Canaveral, en Floride, la navette spatiale Endeavour. © epa.

CENTRE SPATIAL KENNEDY

De notre envoyé spécial

Sans incidents de dernière minute, c’est ce vendredi à 21 h 47 (heure de Bruxelles) que doit décoller depuis le Centre spatial Kennedy de Cap Canaveral, en Floride, la navette spatiale Endeavour.

Pour cette mission, la toute dernière avant sa mise à la retraite, Endeavour va emmener en orbite l’expérience scientifique la plus imposante jamais construite pour l’ISS, la Station spatiale internationale. Il s’agit du détecteur AMS : un engin de quelque 7 tonnes, qui devrait lever le voile sur certains mystères de notre Univers.

Dans le cockpit du shuttle, six membres d’équipage prendront place pour assurer cette mission de 14 jours, dont un des astronautes de l’ESA (l’Agence spatiale européenne) : l’Italien Roberto Vittori.

Vittori, pour son premier vol sur la Navette, sera aussi le dernier Européen à emprunter ce moyen de transport ! Il sera également le premier astronaute de l’ESA à rendre visite à la Station pour la troisième fois. Lors de ses deux missions précédentes, en 2002 et 2005, il avait voyagé sur le vaisseau russe Soyouz.

Le gros morceau de la mission STS-134 (le 134e vol d’une navette), c’est l’acheminement et la mise en place de l’expérience AMS sur l’ISS. Cet outil scientifique doit servir à répondre à quelques interrogations lancinantes qui taraudent les méninges des physiciens et des cosmologistes depuis des générations. Où se cache la matière noire dans notre Univers ? Pourquoi, au cours de sa vie, la matière est-elle devenue prédominante alors qu’aux origines, elle faisait jeu égal avec l’antimatière ?

AMS va lever un coin du voile. Ce « spectromètre magnétique alpha » va être boulonné à l’extérieur de l’ISS et traquer pendant dix ans au moins le moindre noyau d’antimatière. Si la pêche est bonne, cela signalerait l’existence de grandes quantités d’antimatière ailleurs dans l’Univers. Pratiquement, ce sont les rayons cosmiques en provenance de l’espace qu’AMS va traquer avec une sensibilité sans précédent.

« Le cosmos est le laboratoire ultime, explique Samuel Ting, Prix Nobel de physique et concepteur de l’expérience AMS, laquelle a mobilisé plus de 600 scientifiques à Genève, au Cern, où il a été construit, mais aussi aux quatre coins du monde. De sa position dans l’espace, AMS étudiera des questions comme l’antimatière, la matière noire et l’origine des rayons cosmiques. Toutefois, son objectif le plus stimulant sera d’explorer l’inconnu car, chaque fois que l’on explore des territoires vierges avec une sensibilité inégalée, on peut s’attendre à faire des découvertes passionnantes et inimaginables. »

Le spectromètre captera donc des particules chargées telles que des protons, des électrons ou des noyaux atomiques, qui bombardent en permanence notre planète. En étudiant le flux de ces rayons cosmiques, AMS sera suffisamment sensible pour détecter un seul antinoyau parmi un milliard d’autres particules.

La fin des navettes

Cette dernière mission d’Endeavour marquera-t-elle aussi la fin du programme des navettes américaines ? Officiellement, rien n’est joué. Une dernière mission pour la navette Atlantis est encore programmée fin juin. Il reste par contre le problème de son financement à régler. La balle serait dans le camp du Congrès américain qui devrait trancher en mai. Pour l’heure, les derniers préparatifs pour Endeavour battent leur plein à Cap Canaveral. Y compris en ce qui concerne la sécurité du site. On attend quelques spectateurs plutôt exceptionnels pour ce lancement ! Un autre signe qu’il pourrait bien s’agir de l’ultime vol ?

DU BRULLE,CHRISTIAN
Cette entrée a été publiée dans Sciences et santé, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.