« Un prix, ça réveille les esprits »

Photographie Olivier Papegnies signe la plus belle photo de presse de l’année

Une image tirée du reportage réalisé par Olivier Papegnies en janvier 2010. Un an et demi après le tremblement de terre, Haïti ne s’est pas encore relevé. © Olivier Papegnies

entretien

Lauréat du Nikon Press Photo Award, Olivier Papegnies, collaborateur régulier du Soir, signe une série d’images prises en différents endroits d’Haïti. Valérie Pierre, de Nikon Belux, dit qu’une « unité photographique particulière » transparaît de ce reportage.

Voulue ou fortuite, cette unité ?

Je ne sais pas, je n’ai pas pensé les choses comme ça. Chaque image parle d’elle-même mais quand on envoie un sujet pour le prix Stories de Nikon, le but du jeu est d’avoir une véritable histoire. On essaie d’avoir plein de séquences différentes. Et c’est étonnant parce que la seule cohérence que je peux trouver dans ce reportage, hormis le sujet, c’est que la douzaine de photos que j’ai choisi d’envoyer ont été prises dans les premières heures de mon arrivée.

C’est-à-dire ? Quand êtes-vous arrivé sur place ?

Le tremblement de terre a eu lieu le 12 janvier 2010 et je suis arrivé le 14 en Haïti. Là, tout de suite, on vous dit « Restez dans le convoi. Les gens ont une certaine animosité envers les étrangers, ça fait deux jours qu’ils attendent les secours ». Et c’est vrai qu’à l’aéroport, tout était là, bloqué, des tonnes de flotte et de médicaments. Mais d’agressivité, non, je n’ai rien senti. Quand j’étais là en 2004, lors de l’affaire Aristide, on se sentait plus en danger. Ici, les gens avaient juste envie de témoigner, de faire réagir les Nations unies.

Donc vous êtes sorti…

Je vais là où je dois loger puis je sors directement pour trouver l’info. Il faut que je travaille. Toute la presse étrangère campait dans le jardin de l’ambassadeur de France dont la résidence avait été complètement détruite. On s’est lavé dans ce qui restait de la piscine, on a bu l’eau de la piscine… Bref. On était dans les premières équipes. Il fallait se rendre le plus vite possible sur les lieux et à Port-au-Prince, il ne fallait pas aller loin : tout était détruit. Les cris, les hurlements, l’odeur des cadavres, insupportable dans toute la ville, on prend cette claque et il faut la retranscrire immédiatement via l’objectif.

Vous avez effectué des reportages dans plus de 40 pays. Là, vous revenez d’Afghanistan. Haïti, c’était l’un des plus durs ?

En termes de cadavres, oui. Parce que tu ne quittes jamais les odeurs et la mort. Dans le feu de l’action, tu restes concentré. C’est quand je suis rentré, quelques semaines plus tard, que c’est revenu. J’ai fait le même cauchemar quatre nuits de suite.

La photo de la paire de jambes sous les gravats est particulièrement terrible.

Cette photo, je l’ai vue prise trois ou quatre jours après moi par d’autres agences. Les jambes étaient toujours là. Parce qu’on dégage d’abord ce qui est vivant. On cherche et on écoute ce qui gratte, ce qui hurle, ce que les chiens détectent et qui bouge encore. On ne s’attarde pas sur ce qui est mort et déjà perdu.

Et on y repense avec le prix…

Je suis très heureux d’avoir reçu ce prix. C’est gratifiant. Mais je ne suis évidemment pas parti en Haïti pour ça. Au départ, personne ne me suivait dans ce projet. Je me suis retrouvé dans l’avion avec Frédéric Delepierre, du Soir, et il a utilisé mes images pour son article. Mais là, à l’occasion du prix, c’est bien, on se dit « OK, je fais quelque chose d’utile ». Ça réveille les esprits, ça rappelle un événement noyé dans l’actualité mondiale. Le mariage de Kate et William, c’est bien joli mais en Haïti, un an et demi après le drame, rien n’est résolu. Il ne faut juste pas l’oublier pendant qu’on se grille un petit barbec’ au jardin.

HUON,JULIE
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