Edito : La deuxième mort de ben Laden

Béatrice Delvaux, rédactrice en chef

Oussama ben Laden est mort hier pour la deuxième fois. La balle fatale a été tirée par les Américains, accomplissant dix ans quasi jour pour jour après le 11 Septembre, la mission dont leurs citoyens mais aussi une grande partie du monde occidental, les avaient chargés.

La première balle date de décembre, aux prémices du « printemps arabe », et elle était plus profondément mortelle. Tirée par une population arabe, jeune et vibrante, convaincue que la dignité du peuple arabe et sa libération ne passeraient pas par ce jihad sans perspective de Ben Laden mais par la conquête de la démocratie. L’absence d’Al-Qaïda lors de la révolution égyptienne fut extrêmement révélatrice de cette mise hors jeu.

Il y a dix ans, cet intellectuel soudain charismatique avait stupéfié le monde mais aussi galvanisé une partie du monde musulman en brisant un tabou absolu : défier et tuer « l’ennemi impérialiste et impie » sur son propre sol. La toute-puissance américaine était ainsi mise à terre par un homme qui avait trouvé des mots pour parler au monde musulman.

Son erreur ? Croire que proposer le terrorisme et la guerre sainte comme seuls idéologie et projet collectif, suffirait à combler les frustrations, les rancunes et les blessures du monde arabo-musulman. Ben Laden s’est lourdement trompé, détournant de lui ceux qui ne pouvaient accepter les attentats comme seule perspective.

Hier, Barack Obama a gagné une partie très difficile, en mettant hors d’état de nuire l’homme qui hantait les démocraties et qui faisait peser sur elles une menace terroriste permanente. Et cela sans le recours à la torture pratiquée et revendiquée sous l’ère Bush. Mais les responsabilités du président américain et des dirigeants du monde occidental ne s’arrêtent pas à cette exécution au Pakistan. Il y a des gestes à poser très vite primo, pour éviter aux Oussama ben Laden qui sommeillent, de retrouver du crédit auprès des populations musulmanes et, secundo, pour solidifier les acquis de ce printemps arabe qui se poursuit toujours, souvent dans le sang.

Obama a déjà apporté sa contribution par ses discours d’ouverture au monde arabe et par son soutien au départ des dictateurs. Il est par contre resté au balcon du conflit israélo-palestinien, qui reste une clé capitale de cette poudrière. Il va falloir se remettre au travail et imaginer des solutions.

Ce n’est pas la peur qui nous évitera d’éventuelles répliques terroristes des apprentis Ben Laden. Mais bien les actes posés pour garantir un futur à la démocratie arabe et à son essor économique. Il faut aider ces peuples qui ont osé défier seuls leurs dictateurs et tourné volontairement le dos à leurs terroristes. Nous leur sommes redevables : la révolution arabe, c’est eux. Mais c’est aussi nous.

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