Le destin tragique de Wouter Weylandt

Tour d’Italie Le Gantois ne s’est pas relevé d’une terrible chute

Comme si le destin ne pouvait supporter l’euphorie sur le long terme, le cyclisme belge embelli par un printemps d’exception se réveille ce matin décomposé, anéanti par le décès tragique de Wouter Weylandt, mort sur le bitume de la troisième étape du Giro, lundi, entre Reggio Emilia et Rapallo dans la descente du Passo del Bocco. Une descente comme il y en a des dizaines sur la côte ligure au moment de Milan-San Remo. Et comme si le destin choisissait aussi de confondre les événements et leurs dates, Weylandt est décédé un an après avoir remporté la troisième étape du Tour d’Italie 2010 aux Pays-Bas, à Middelburg au terme d’un sprint compliqué, ce qu’il aimait par-dessus tout pour piéger les plus rapides, ceux dont il savait qu’il ne pourrait les battre.

Le Gantois, 26 ans, bien que cantonné dans un rôle d’équipier, avait son mot à dire, un look de décideur, les cheveux en bataille, la boucle d’oreille pimpante et un sourire ravageur. Sa mission, dès son apparition chez les professionnels : emmener Tom Boonen. Il l’a fait maintes fois car il allait pratiquement aussi vite que son leader, il lui manquait simplement la puissance sur la longueur du sprint. Conscient de ce petit détail qui le séparait des plus costauds, Weylandt s’est malicieusement construit un palmarès en anticipant des emballages massifs comme au Giro, donc, en 2010, mais aussi à la Vuelta, deux ans plus tôt. A l’aise sur les pavés, nullement perturbé lorsque la route s’élevait, il aimait tous les terrains et toutes les météos, témoin ce succès au GP José Samyn, en 2009, du nom du coureur français décédé après avoir heurté un vendeur de programmes lors d’une kermesse à Zingem. Une coïncidence du destin, là encore…

Weylandt, ce jour-là, ne put retenir des larmes que l’on soupçonnait de joie. En réalité, il libéra toute sa peine d’avoir perdu, quelques semaines plus tôt, son ami Frederiek Nolf, décédé d’un arrêt cardiaque dans sa chambre d’hôtel au Ritz Carlton de Doha, au Qatar. « Ils étaient très liés, confirma lundi Walter Planckaert (Topsport Vlaanderen). Pour le père de Nolf, c’est comme s’il perdait un deuxième fils. »

Le destin, encore et encore, n’a finalement pas épargné Weylandt dont un autre ami, Dimitri De Fauw, se suicida en novembre 2009. Pistier, le Gantois ne s’était jamais remis de la chute qui avait entraîné la… mort de l’espagnol Isaac Galvez sur la piste de Gand en 2006. L’été dernier, Weylandt était le plus heureux des hommes lorsqu’il parapha un contrat de trois ans en faveur de la future équipe Leopard des frères Schleck. Il voulait réussir et briller de ses propres ailes, même si sa mission première ressemblait à celle qu’il remplissait pour Boonen chez Quick Step, celle d’aider l’Italien Bennati, blessé, raison pour laquelle Weylandt avait été sélectionné pour ce Giro… Le Gantois allait connaître les joies de la paternité, en septembre. La fatalité l’empêchera de vivre ce bonheur, comme d’autres coureurs avant lui, Monseré, Casartelli ou Kivilev.

Relevons pour mémoire que l’étape a été enlevée par l’Espagnol Vicioso, David Millar s’emparant du maillot rose.

THIRION,STEPHANE
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