Espace : Endeavour a pris son ultime envol

La saga des navettes, une belle et longue histoire d’amour avec les Européens

La 134e mission d’une navette est aussi l’avant-dernière du programme. En juillet prochain, la Nasa tournera définitivement la page des « shuttles ». © AP/Marta Lavandier

La navette spatiale américaine Endeavour a décollé lundi après-midi de Cap Canaveral, en Floride. Son équipage compte un astronaute de l’ESA, l’Agence spatiale européenne : l’Italien Roberto Vittori.

Pour sa 25e et dernière mission dans l’espace, le « Space Shuttle » emporte dans l’espace la plus grosse expérience scientifique jamais construite pour l’ISS, la Station spatiale internationale. Cette expérience de 7 tonnes, baptisée AMS, devrait permettre d’en savoir davantage sur la mystérieuse matière noire dans l’Univers mais aussi répondre à une question lancinante en cosmologie : où est passée l’antimatière ?

AMS (Alpha Magnetic spectrometer) a été construit à Genève, au Cern, sous la direction du physicien Samuel Ting, lauréat du prix Nobel. Elle est le fruit d’une vaste coopération internationale. Une de plus, serait-on tenté de dire, tellement la saga des navettes américaines semble liée à notre propre histoire spatiale.

« En effet, confirme Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l’ESA. Le départ de Roberto Vittori témoigne une nouvelle et dernière fois de la participation de l’Europe au programme des shuttles américains. Au cours de ses 134 missions, 86 vols ont emporté dans l’espace quelque chose ou quelqu’un venu d’Europe. Il y a eu 25 astronautes européens au total. Ils ont participé à 33 vols de navettes. En ce qui concerne la technologie, nous avons aussi fourni à la Nasa le laboratoire spatial Spacelab. Il a effectué 22 missions scientifiques, dont certaines ont exclusivement profité aux chercheurs américains. J’ai aussi dénombré dix missions de navettes au cours desquelles du matériel de pointe européen destiné à la Station spatiale internationale a été emmené en orbite, notamment avec le module laboratoire Columbus de la station ou encore avec le brillantissime télescope spatial Hubble. On l’oublie un peu vite, mais 30 % de ce télescope est “made in Europe” . Aujourd’hui, je n’ai pas peur de la dire : le programme des navettes a été un élément indispensable à la mise en place d’une politique spatiale européenne. »

Arrimage à l’ISS mercredi

Les Belges retiendront sans aucun doute le vol de Dirk Frimout, leur premier astronaute. C’était en 1992, à bord de la navette Atlantis. Par ailleurs, les scientifiques belges ont largement utilisé les ressources des navettes pour leurs expériences, qu’il s’agisse d’emmener du matériel en orbite ou d’utiliser les astronautes comme sujets d’études.

Une grande partie du programme européen est donc liée à l’histoire du Space shuttle. Mais la Nasa a aussi retiré un large bénéfice de cette collaboration.

« Les astronautes européens ont contribué à un nombre important d’opérations réalisées dans le cadre du programme des navettes spatiales, reprend Jean-Jacques Dordain. Claude Nicollier (Suisse) par exemple, qui a notamment participé aux réparations et à l’entretien du télescope spatial Hubble. Jean-François Clervoy (France) également. Il compte parmi les grands spécialistes de l’utilisation du bras robotique du Space shuttle. »

« Bref, les astronautes européens n’ont pas été que des passagers mais aussi des acteurs reconnus de la Nasa », conclut-il.

La navette Endeavour devrait s’arrimer mercredi à l’ISS.

DU BRULLE,CHRISTIAN
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