L’explorateur du « sixième continent »

Francqui Pierre Vanderhaeghen (ULB) récompensé

C’est un « explorateur du sixième continent », pour reprendre l’expression de Mark Eyskens, président de la Fondation Francqui, qui est récompensé cette année.

Le professeur Pierre Vanderhaeghen, de l’Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire, de la faculté de médecine de l’Université libre de Bruxelles, recevra en effet le 8 juin prochain des mains du Prince Philippe le prix Francqui 2011, la principale distinction scientifique belge. L’annonce en a été faite lundi.

Ce prix doté de 250.000 euros récompense ses travaux sur les cellules souches et le cerveau. C’est principalement sur le cortex que travaille le médecin bruxellois et son équipe forte d’une douzaine de chercheurs.

En 2008, ils ont été les premiers au monde à produire, in vitro, du cortex cérébral au départ de cellules souches embryonnaires pluripotentes.

Les cellules pluripotentes sont ces quelques cellules qui lors des premières divisions d’un embryon sont capables de se différencier en n’importe quel type de cellules de l’organisme. Elles présentent deux caractéristiques passionnantes pour les chercheurs. D’une part il y a leur pluripotence et d’autre part leur immortalité. Convenablement élevée dans un milieu nutritif, une telle culture peut en effet persister pendant des années. Mais quel rapport avec le cerveau ?

« Le cortex est le siège de nos fonctions cognitives, commente le lauréat. Il est aussi la cible de la plupart des maladies neurologiques. C’est aussi une des structures les plus complexes de notre cerveau. On y retrouve des centaines de types de cellules différentes reliées entre elles par des milliards de connexions. Il se divise en de multiples aires, assurant chacune un type de fonction bien précise. »

Dans un premier temps, ses recherches ont combiné des techniques de génétique et d’embryologie chez la souris pour étudier la manière dont le cortex cérébral est généré. « Certains gènes clés qui interviennent dans le développement du cerveau ont ainsi été identifiés », précise Pierre Vanderhaeghen. Il a ensuite fait le lien avec des gènes dont l’expression est spécifique au cerveau humain. Enfin, le chercheur et son équipe ont pu mettre au point un outil capable de générer des cellules souches embryonnaires de souris en cellules nerveuses du cortex.

« Ces neurones, générés entièrement en dehors du cerveau, se sont de plus avérés être fonctionnels, indique le chercheur. Une fois greffées dans le cerveau des rongeurs, ces cellules se sont parfaitement intégrées dans le cortex cérébral natif », précise-t-il.

Bref : une découverte fondamentale particulièrement intéressante pour la médecine de demain.

« Avec cette technique, nous avons accès à une source illimitée et fiable de cellules nerveuses du cortex », conclut-il.

La suite de ses recherches est d’ailleurs déjà en cours. Il s’agit désormais tout simplement de réaliser le même type de recherches… sur des cellules humaines.

Entretien

Applications

Pierre Vanderhaeghen, quelles applications vos travaux laissent-ils entrevoir ?

Le rêve est un jour de pouvoir réparer in vivo les dégâts causés au cerveau par diverses maladies neurodégénératives, suite au vieillissement ou encore suite à des accidents. Une autre application, porte sur la physiopathologie de ces maladies. On ne connaît encore que très imparfaitement les mécanismes à l’origine de ces maladies. En étudiant in vitro l’évolution des cellules souches et leur différenciation, cela pourrait nous ouvrir de nouvelles portes dans ces connaissances. Enfin, un troisième type d’application porte sur la mise au point de meilleurs ou de nouveaux médicaments destinés à soigner les patients souffrant de ce type de pathologies. L’efficacité des médicaments peut être sensiblement améliorée si on teste les éventuelles nouvelles molécules sur des lignées de cellules neuronales particulièrement bien sélectionnées.

Dans quels délais ce type d’avancées est-il concevable ?

En ce qui concerne les lignées cellulaires spécifiques pour le test de nouveaux médicaments, c’est déjà une réalité aujourd’hui. L’étude de la physiopathologie des maladies est pour un avenir proche. Quant à la thérapie réparatrice in vivo, c’est une question… de décennies.

DU BRULLE,CHRISTIAN
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