Di Rupo, président dans l’expectative

Parti Elio Di Rupo réélu pour un quatrième mandat à la tête du parti socialiste

Un nouveau mandat, peut-être le plus délicat pour Elio Di Rupo, formateur. © Belga/ETIENNE ANSOTTE

Un score à la mesure de l’homme qui dirige le parti depuis douze ans avec un sourire qui dissimule difficilement une grande fermeté : Elio Di Rupo a été réélu président du PS par 96,7 % des voix. Il était l’unique candidat en lice. Le voilà reparti pour un quatrième mandat de quatre ans, sauf accident politique majeur.

Le scrutin n’a guère mobilisé les troupes de militants : 18.145 personnes ont participé au vote, soit un taux de participation de l’ordre de 27 %. La fédération de Liège s’est distinguée : à peine 15 % de bulletins. Le boulevard de l’Empereur met cette défection sur le compte de la grève de la poste : les convocations ne sont pas arrivées à bon port.

Plusieurs fédérations en ont profité pour réélire leurs présidents : André Flahaut en Brabant wallon et Willy Demeyer à Liège. A Mons-Borinage, l’incertitude n’était pas dans la désignation du chef de file : le député-bourgmestre d’Hensies, Eric Thiébaut, est confirmé avec 88,65 % des voix. Il était seul candidat. On se demandait par contre qui les militants allaient désigner pour représenter la fédération au bureau national du parti. Résultat : l’échevin de Mons Nicolas Martin (51,4 %) et la députée provinciale Annie Taulet (48,9 %). Un nouveau revers pour l’ancien ministre Didier Donfut qui n’arrive qu’en quatrième position (34,4 %) sur cinq.

Après onze ans, pourquoi il reste

Vous ne trouverez pas une âme (quelqu’un de bonne foi) qui ne voie les choses en ces termes : à supposer même qu’il l’eut souhaité, il était interdit à Elio Di Rupo de lâcher le Boulevard de l’Empereur aujourd’hui. Motif : le chaos politico-communautaire. D’où sa réélection pour un quatrième mandat, ainsi, d’ailleurs que la légère anticipation du scrutin (il devait se tenir en juillet). Cela, afin que le président du « plus grand parti francophone », le premier interlocuteur de Bart De Wever (l’autre « grand », côté flamand), celui promis au « Seize » sur la base des résultats des élections du 13 juin 2010 (la famille socialiste domine au parlement fédéral), ait les coudées franches au milieu du champ de (ruines) mines. Un observateur : « Imaginez qu’il ait décidé de quitter la présidence dans le contexte que l’on connaît… Cela aurait été interprété quasiment comme une désertion, une fuite devant les difficultés, face aux responsabilités. En plus, cela aurait affaibli la position des francophones ».

Cet impératif catégorique (rester au Boulevard de l’Empereur) réduit à néant les critiques sur la candidature unique, d’une autre époque. En temps « normal », dans une situation politique rêvée (sans la crise de régime que l’on connaît), quelqu’un sans doute se serait levé pour contester à Elio Di Rupo, fût-ce marginalement, son leadership – l’on aurait même peut-être assisté à une « primaire », voyant émerger l’un ou l’autre sérieux candidat à ses côtés. Le débat interne, au sein des fédérations, aurait vu affleurer des critiques sur sa gestion de onze ans (la carence en congrès politiques, militants et/ou prospectifs ?, d’autres choses certainement). Peut-être même Elio Di Rupo aurait-il décidé de bifurquer dans sa « carrière », de quitter la présidence, qui sait ?

Mais par la force des choses, on l’a dit, il se relance sans coup férir, et sans reproches. Par la force des choses, mais pas par défaut : aux affaires depuis 1999, Elio Di Rupo n’a jamais autant fait l’unanimité au sein de son parti qu’actuellement, toutes fédérations confondues. Et tous sont conscients qu’en ces heures noires de notre histoire politique, la fonction présidentielle prend un supplément de « sens » ; que le pouvoir exercé à cet échelon, les options prises, peuvent influencer radicalement le sort du pays : plan A, plan B… En onze ans de présidence, Elio Di Rupo n’a jamais joué aussi gros.

Qui le remplacerait s’il devait gagner le Seize

Elio Di Rupo n’a pas totalement renoncé au « Seize », rue de la Loi. Malgré (lire Le Soir de samedi) l’environnement hostile fait d’attaques incessantes de la N-VA comme du CD&V. Et, plus largement, malgré un contexte peu propice à l’accession à la direction du gouvernement fédéral d’un politique pas comme les autres promis généralement à cette fonction : socialiste, francophone, wallon…

Pour autant, la trajectoire d’Elio Di Rupo le porte naturellement (performances électorales + participation du PS à tous les exécutifs, fédéral, régionaux et communautaires) à briguer le poste de chef de gouvernement, et si cela devait advenir, tout laisse accroire qu’il quitterait aussitôt la présidence du parti. Son cumul « Seize » rue de la Loi – « Treize » boulevard de l’Empereur serait tout à fait exceptionnel dans notre histoire et intenable face à l’opinion. Intenable également face à la Flandre politique et médiatique. En fait, le cumul ruinerait d’emblée les chances d’Elio Di Rupo de s’affirmer comme Premier ministre.

Alors, qui à la présidence ? Peu de chances que le PS se lance dans une compétition interne intempestive qui fragiliserait le (son) locataire du « Seize ». Que ce soit par la voie classique de l’élection, ou bien par celle, détournée, d’un passage du témoin en interne, Laurette Onkelinx est la plus citée. Même si, depuis que Charles Picqué a annoncé son intention de quitter la ministre-présidence bruxelloise après les communales 2012, l’actuelle vice-Première est pressentie à ce poste. Ce qui rouvrirait la case « présidence ». A Paul Magnette ? Si Laurette Onkelinx devait embrasser le destin bruxellois, lui serait le vice-Premier fédéral (de Di Rupo Ier) tout indiqué. Entendez : le Carolo pourrait en revanche accéder à la présidence du PS au cas où Laurette Onkelinx devait continuer à opérer en vice-Première au fédéral (Philippe Close ou Yvan Mayeur s’imposeraient alors à Bruxelles). Quelle(s) alternative(s) encore ? Rudy Demotte ? L’Elysette est bien tenue, un remaniement serait déstabilisateur. Certains évoquent une présidence gestionnaire, d’un an, jusqu’aux communales, par exemple sous la direction des deux vice-présidents du parti, Flahaut-Moureaux ; mais ce dernier a quitté la présidence des socialistes bruxellois pour se retirer doucement – reste, donc, André Flahaut. Un scénario tenu cependant pour exceptionnel.

S’il échoue comme formateur, une présidence à risques

Et c’est peu dire. Imprévisible, la crise politique donnerait lieu, vraisemblablement, soit à des élections anticipées en octobre, ou bien à un Leterme II renforcé. Paradoxalement, c’est le second scénario qui pourrait se révéler le plus problématique pour un président du PS qui viendrait d’être mis en échec à nouveau (comme à l’été 2010) dans son rôle de négociateur fédéral. Aller à l’affrontement électoral lui assignerait un but clair, et, dans le contexte, on imagine que la campagne serait très clivée Nord-Sud, qu’elle aurait même une dimension dramatique avec, en toile de fond, l’idée que le pays pourrait éclater.

En revanche, avoir à « gérer » la participation à un Leterme II repêché (la N-VA aurait été mise hors jeu), cela sans que la crise institutionnelle ne soit résolue, cela vouerait le président du PS à une position (au milieu du gué) inconfortable. Que dire de « fort » encore dans un tel contexte ? Que dire, tout court ? Pénible.

D’autant plus qu’Elio Di Rupo aura, au passage, perdu sa grande alliée : Joëlle Milquet. Capital ! La complicité entre les deux (leurs partis diffèrent, mais les présidents ont mis tout leur poids pour maintenir l’alliance en toutes circonstances) est l’élément structurant de la vie politique francophone depuis 2004, lorsque le président du PS évinça le MR des majorités régionales au profit des centristes-humanistes. On le sait : Joëlle Milquet cédera la présidence de son CDH à Benoît Lutgen en septembre. Ce qui ouvrira un nouveau chapitre dans l’histoire politique au sud du pays ; c’en sera fini de l’axe de fer Milquet-Di Rupo. Face à des présidents d’une autre génération (Lutgen, Javaux et Michel sont des quadras) et assez imprévisibles comme partenaires ou adversaires (certainement Lutgen et Michel), le socialiste aura à se repositionner, cela au milieu d’un paysage politique fédéral dévasté et d’un paysage francophone en friche.

DEFFET,ERIC,COPPI,DAVID
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