L’adieu au nucléaire dans 11 ans

Allemagne Toutes les centrales seront débranchées d’ici 2022

BERLIN

de notre correspondant

Le gouvernement allemand a décidé lundi de débrancher ses réacteurs nucléaires dans dix ans. La fin de cette énergie qui représente 23,3 % de la production d’électricité nationale a été préparée de longue date. La décision de l’abandon progressif du nucléaire a été prise en 2001 par le gouvernement de Gerhard Schröder. Le pays est donc déjà bien préparé au « tournant énergétique » annoncé hier par Angela Merkel.

Mme Merkel aurait voulu prolonger l’utilisation du nucléaire afin d’assurer une transition plus longue vers le renouvelable. Mais son choix politique, jugé comme un cadeau au lobby de l’atome, a été très impopulaire. Il a permis de relancer un mouvement antinucléaire extrêmement fort en Allemagne. Une protestation qui ne venait plus seulement des écologistes, mais de tous les horizons politiques.

Avec la catastrophe de Fukushima, en mars dernier, son projet s’est effondré. La débâcle électorale du Bade-Wurtemberg, qui a permis aux écologistes de conquérir une région en boutant les conservateurs hors de leur bastion, a convaincu Merkel qu’il fallait changer de politique. La chancelière a préféré se fâcher avec les patrons des groupes énergétiques plutôt que de se mettre à dos les électeurs. C’était une question de survie politique.

« Avec Fukushima, rien ne sera plus comme avant », avait- elle prévenu. Elle a fait débrancher les sept réacteurs construits avant 1980 (sur les 17 existants) et a imposé un moratoire de trois mois pour effectuer des contrôles de sécurité et de résistance des centrales aux attentats et aux catastrophes climatiques. Enfin, elle a confié à des experts une étude sur la sortie du nucléaire. Bilan : réalisable en dix ans !

La question était de savoir comment faire pour sortir du nucléaire en 2022 sans manquer de courant. Pour cela, le gouvernement a prévu d’accélérer ses programmes d’investissement dans le renouvelable déjà engagé sous les gouvernements précédents. En 2010, l’Etat a injecté plus de 16 milliards d’euros dans le secteur. L’Allemagne parie notamment sur l’éolien en haute mer.

La chancelière a inauguré symboliquement, début mai, le premier parc « offshore » de 21 éoliennes dans la mer du Nord qui doit permettre d’alimenter 50.000 foyers en électricité. D’ici 2030, les éoliennes allemandes au large des côtes allemandes produiront 500 fois plus que le parc inauguré début mai. Par ailleurs, le réseau électrique devra être agrandi de 3.600 kilomètres selon l’Agence de l’énergie pour acheminer la production d’électricité des éoliennes vers le sud de l’Allemagne. En 2020, plus de 35 % de l’électricité proviendra des énergies renouvelables.

Pour cela, le gouvernement veut également simplifier les procédures pour l’attribution des permis de construire des lignes à haute tension, la résistance des communes ayant bloqué les projets pendant des années. Enfin, le gouvernement devrait encourager les économies d’énergie, via l’isolation, à hauteur de 1,5 milliard par an.

L’Allemagne sera-t-elle confrontée dans les prochaines années à une pénurie d’énergie ? Selon les producteurs d’électricité, les Allemands seront obligés d’acheter de l’énergie nucléaire aux Français ou aux Tchèques. Par ailleurs, ils estiment que l’électricité sera plus chère. Ces arguments sont âprement discutés entre experts qui ont du mal à se mettre d’accord.

Pour faire face à une éventuelle pénurie de courant, le gouvernement a décidé de mettre une ou deux centrales fermées en stand-by jusqu’en 2013. En 2021, les trois dernières centrales pourront être prolongées d’une année en cas de besoin. Mais après 2022, plus rien.

Avec son « tournant énergétique », Merkel vole en quelque sorte le rêve de tous les écologistes : enterrer le nucléaire. Personne n’aurait pu imaginer cela il y a encore un an. La chancelière a pensé naturellement aux prochaines échéances électorales. Avec son plan, elle prive désormais les Verts (désormais ses principaux adversaires politiques) de leur principal argument de campagne…

BOURDOISEAU,CHRISTOPHE
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