Roland Garros : Appelez-le Björn Nadal !

Nadal bat Federer et égale le record de victoires de Borg

Pour la sixième fois, Rafael Nadal a pu embrasser le Trophée des Mousquetaires à Roland Garros. Comme le seul Björn Borg avant lui. © LIONEL CIRONNEAU/AP.

Il y a deux semaines, il était arrivé à Roland Garros un peu inquiet. Par un jeu qui ne le satisfaisait qu’à moitié. Par la pression combinée de la place de nº 1 mondial, de celle du tenant du titre et de sa réputation de meilleur spécialiste de la terre battue. Et, surtout, par la menace Novak Djokovic, celui que tout le monde désignait pour venir lui chauffer son bien avec sa série ininterrompue de 43 victoires (41 en 2011) dont quatre sur quatre face à lui, les deux dernières sur la terre battue de Madrid et de Rome.

Ce dimanche, Rafael Nadal a tout oublié. Même s’il a connu une quinzaine difficile, l’Espagnol a effacé ses derniers doutes en finale face à Roger Federer, son meilleur ennemi, qui ne lui avait jamais offert une telle résistance sur son terrain de prédilection. Après 3 h 40 d’un combat somptueux, il a fini par émerger en quatre sets 7-5, 7-6 (3), 5-7, 6-1 et a ainsi rejoint Björn Borg au panthéon du tournoi parisien en décrochant, à seulement 25 ans et en sept participations, son 6e titre à la porte d’Auteuil, son 10e au total en Grand Chelem. Un rapprochement hautement symbolique tant le Suédois, l’homme qui a définitivement popularisé le tennis dans les années 70, est associé à Roland Garros et à la terre battue. Aujourd’hui, l’élève a clairement rejoint le maître. Et a du temps – dès l’an prochain, par exemple… – pour le dépasser.

Mais un autre maître, suisse, celui-là, a bien failli jouer les trouble-fête en lui offrant une superbe résistance. Sur la lancée de son chef-d’œuvre de vendredi, en demi-finale, contre Djokovic, incontestablement le plus beau match de la quinzaine parisienne, Roger Federer, pour la 23e finale d’un « majeur » de sa carrière, a tout fait pour contrecarrer ses plans. Dans la première manche, après l’avoir breaké d’entrée, il a été à deux doigts de l’emporter en ayant une balle de set à 5-2, perdue sur une amortie du revers qui est sortie de quelques millimètres. Anéanti par ce loupé, il a alors perdu sept jeux d’affilée et s’est retrouvé mené 2-0 dans le deuxième set (interrompu brièvement par la pluie) qu’il allait perdre dans le tie-break après être pourtant revenu à 4 jeux à 4.

Perdu pour perdu, soudain revigoré par les encouragements du public qui avait pris fait et cause pour lui, Federer allait alors revenir à ses fondamentaux pour éviter les longs échanges forcément favorables à Nadal.

Il haussait son niveau de jeu au service (11 aces au total) et se décidait à monter un peu plus au filet. A 5-4 contre lui, il empochait les trois jeux suivants, convertissant d’un superbe coup droit sa deuxième balle de set.

La partie était-elle en train de changer d’âme ? Dès l’entame du quatrième set, Federer s’offrait trois balles de break sur le service de son rival. Mais, toujours impressionnant quand il se retrouve dos au mur, le Majorquin les effaçait – le troisième sur un ace ! – avant de prendre le service du Suisse au quatrième jeu sur un jeu blanc. A 3-1, il n’allait, cette fois plus rien lâcher, étouffant définitivement son adversaire avec son incroyable jeu de défense, ces balles sauvées on ne sait trop comment et ces lifts surpuissants, décroisés ou non.

Il terminait son œuvre sur un nouveau jeu de service blanc avant de tomber à genoux sur cette terre où il se sent si bien.

Toni Nadal, son oncle et entraîneur, a admis que son neveu avait sans doute vécu « son Roland Garros le plus compliqué parce qu’il a vraiment mal joué les trois premiers matchs ». Il lui a parlé, lui a dit qu’« avec ce niveau », il ne « pouvait pas gagner ». Des mots qui ont frappé juste. Parce qu’aujourd’hui « avoir gagné un Grand Chelem signifie que 2011 est une bonne année. Ça lui donne de la sérénité pour la suite. Si on perd à Wimbledon, on aura toujours Roland Garros. »

Et la place de nº 1, qu’il aurait perdue au profit de Djokovic en cas de défaite. Rafa est bel et bien sur le toit du monde.

VANDE WEYER,PHILIPPE
Cette entrée a été publiée dans Sport, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.