Dominique Strauss-Kahn plaide non coupable

L’ARRIVÉE de DSK et Anne Sinclair au tribunal. © AFP/ERIC FEFERBERG

Tablier et col blancs, chemisier noir, elles se sont hissées sur le rebord du trottoir. D’ordinaire, elles baisseraient plutôt les yeux sur son passage. Aujourd’hui, elles lèvent la tête pour le voir furtivement, et s’époumonent : « Honte sur vous ! » Lundi, lors de sa courte audition devant un tribunal de New York, Dominique Strauss-Kahn a plaidé non coupable des sept chefs d’inculpation qui pèsent sur lui, dont crimes sexuels, tentative de viol et séquestration. Mais pour les femmes de chambre, asiatiques, africaines et latino-américaines qui se pressaient à l’entrée du bâtiment, les choses sont claires : « Ce monsieur pensait que tout lui était permis parce qu’il a de l’argent et du pouvoir », s’énerve la Péruvienne Gladys Santos qui, avec ses collègues, a été autorisée à laisser les lits rester défaits quelques heures au Hilton. « Mais cela ne se passera pas comme ça. Il sera puni, et le monde saura : ce genre de choses ne peut pas se produire à New York. »

La présence de ces dizaines de femmes de chambre, amenées en autocar en tenue de travail, correspond à la stratégie qui a fini de se mettre en place hier. A proprement parler, la comparution de Strauss-Kahn (l’un des rares déplacements que puisse accomplir l’ex-patron du FMI en dehors des visites à ses avocats, à son médecin ou à l’église) n’a duré que quelques minutes. Entré au bras de sa femme Anne Sinclair, puis entouré de ses défenseurs, il n’a eu qu’à prononcer les deux mots que le juge attendait de lui, après la lecture de l’acte d’accusation : « Non coupable ».

Une ligne de défense que les avocats avaient déjà laissé entendre, mais qui a été à peine explicitée à la sortie du tribunal par l’un des d’eux, Benjamin Brafman : « Il apparaîtra clairement qu’il n’y a pas d’élément fort montrant une agression ou un acte forcé », expliquait-il, dans une courte déclaration préparée à l’avance, devant les caméras du monde entier qui avaient transformé cette place de Manhattan en un énorme plateau de télévision. Pour la défense, l’heure est encore au silence, du moins officiellement. D’ici à la prochaine audition, fixée au 18 juillet, les avocats auront accès à toutes les preuves qui incriminent leur client. Ils tâcheront alors de plaider la relation consentie et, surtout, de faire planer le doute sur la « moralité » de la victime, cherchant dans le passé de la Guinéenne Nafissatou Diallo la moindre trace de comportement qui pourrait installer le soupçon au sein des douze membres du jury. En face, les représentants de la plaignante cherchaient, lundi, l’effet inverse, tentant de lier le destin de la femme de chambre du Sofitel non seulement à celui de ses collègues venues la soutenir mais aussi à celui de « toutes les femmes et enfants dans le monde qui ont été abusés sexuellement et ont trop peur de le dire ». C’est un poids lourd du barreau

new-yorkais, Kenneth Thompson, qui assure désormais la défense de Nafissatou Diallo. Dans cette ville aussi métissée qu’implacable, il s’est rendu célèbre en défendant les membres des minorités ethniques victimes de discrimination. Malgré la puissance des syndicats, il a fait gagner un conducteur de taxi haïtien face à des policiers qui l’avaient tabassé. Cet ancien procureur fédéral a aussi obtenu par le passé près de 8 millions de dollars de dommages et intérêts dans une affaire de harcèlement sexuel. « L’idée que la victime était consentante est absolument ridicule. Tout l’argent, le pouvoir et l’influence de Dominique Strauss-Kahn dans le monde ne pourront pas changer ce qui s’est réellement passé dans cette chambre d’hôtel. La vérité éclatera », assénait-il, prenant son temps devant les journalistes.

Si, comme tout le laisse penser, Dominique Strauss-Kahn et ses avocats refusent de changer de stratégie et de reconnaître une faute mineure à partir de laquelle pourrait s’engager un « marchandage » de peine, le jury qui sera appelé à trancher devrait être composé d’individus qui auront de fortes chances de provenir de milieux populaires. New York étant ce qu’elle est, ils se retrouveront plus facilement dans la défense d’une femme de chambre africaine que dans celle d’un dirigeant planétaire aujourd’hui installé dans une résidence qui lui coûte 50.000 dollars par mois.

L’avocat Kenneth Thompson a confirmé que sa cliente assistera au procès, dont le calendrier devrait être fixé à l’issue de l’audition du 18 juillet. « Elle viendra devant ce tribunal et elle dira la vérité au monde entier. C’est une femme digne », poursuivait-il en assurant que sa cliente est « traumatisée et dévastée » à la suite d’un « acte sexuel terrible commis à son encontre ».

LEMA,LUIS
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