Portugal : Les douze travaux de Passos Coelho

Le vainqueur des élections a été chargé de former le gouvernement

SCÈNE paradoxale d’une élection qui l’est tout autant : un social-démocrate dans sa sportive fête la victoire de son camp. © PAULO DUARTE/AP.

Il y a des hommes politiques qui doivent en rêver sous nos latitudes : à peine déclaré vainqueur des législatives de dimanche, le conservateur Pedro Passos Coelho a été invité par le président de la république Anibal Cavaco Silva à entamer « immédiatement » les démarches nécessaires à la formation d’un gouvernement. Sans attendre sa nomination.

Il y a aussi des observateurs qui s’étonnent des paradoxes de cette élection. N’a-t-elle pas ramené au pouvoir un Parti social-démocrate (PSD) étiqueté… conservateur et son leader, ledit Passos Coelho, un entrepreneur de 46 ans dont le parcours atypique a viré de la politique aux affaires, et vice versa.

Il y a enfin des financiers qu’un tel homme doit combler : Pedro Passos Coelho a tenu à rassurer les créanciers du Portugal dans ses premières déclarations. Logiquement, puisqu’il a emporté le scrutin après avoir fait campagne sur la nécessité de pousser plus avant la politique d’austérité menée jusque-là par les socialistes de José Socrates. Pour coller au plus vite aux exigences de l’Union européenne et du Fonds monétaire international.

Les marchés, bien sûr, sont contents. Heu-reux. Pedro Passos Coelho incarne pour eux un homme décidé au changement, prêt à imposer une véritable politique d’austérité. L’équipage qu’il s’apprête à former aura une foule d’objectifs à mener à bien, dont la relance de l’économie via une série de réformes structurelles, l’adoption de nouvelles mesures d’austérité qui permettront d’alléger les charges pesant sur les entreprises, la vente de la banque nationalisée BPN, l’accélération des privatisations, etc.

Ce chantier énorme n’ira pas sans butter sur certains obstacles, une menace de grève pesant notamment sur la compagnie aérienne TAP, appelée elle aussi à être vendue.

Sur le papier, Passos Coelho a toutes les cartes en main. Là où José Socrates dirigeait un gouvernement minoritaire, tanguant au gré des vents de l’opposition, le nouveau Premier ministre pourra compter sur une majorité absolue à la chambre, obtenue via l’alliance de son PDS avec la formation de droite CDS-PP. Pour le journal « i », il n’a désormais « aucune excuse pour échouer ».

Mais la rue l’attend de pied ferme. Leur victoire obtenue, les conservateurs ont bien dû constater que 41 % des Portugais ont boudé les urnes. L’appel lancé par leur ancien Premier ministre social-démocrate et actuel président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso n’a pas eu l’effet escompté. Le désenchantement est partout. D’où, sans doute, le pessimisme d’une partie de la presse. Ainsi, le quotidien économique Jornal de Negocios mettait en avant lundi « les 30 jours de folie qui attendent le nouveau gouvernement », qui devra appliquer sans délai le programme de rigueur et réformes exigé dans le cadre du plan de sauvetage financier de l’UE et du FMI. « Passos Coelho bénéficiera de l’état de grâce le plus court que l’on ait jamais vu. Socrates avait eu deux ans, Passos n’aura peut-être pas deux mois ».

Un autre journal, le Publico, s’est fait lui aussi Cassandre : « Nous allons assister sans aucun doute à une période de conflit social sans précédent, dans la rue ». Pour l’éditorialiste du quotidien, l’abstention record est un « signal inquiétant ». Le scénario grec serait annoncé.

L’abstention a eu un autre effet : elle a contribué à renvoyer José Socrates dans l’opposition. Les Portugais ne se sont pas mobilisés pour soutenir celui qui leur prédisait l’arrivée de l’ultralibéralisme et le détricotage de l’Etat social. Décrédibilisé par les scandales à répétition et par une politique dédiée à l’austérité, le socialiste n’a pas convaincu. Pire : il a déçu.

LE VAINQUEUR

Le jeune premier de la droite

Pedro Passos Coelho, président du Parti social-démocrate (PSD), est un libéral centriste de 46 ans, entré très tôt en politique. Tout au long de la campagne, il a affiché,  pour son premier grand combat politique tranquillité et décontraction, confirmant ainsi sa réputation d’« animal à sang-froid », loin de la fougue et des emportements de son adversaire socialiste, José Socrates. Après une enfance en Angola, alors colonie portugaise, où son père est médecin, il est élu député en 1991, à 26 ans à peine. Huit ans plus tard, il décide de quitter le Parlement pour, dit-il, « reprendre le cours de sa vie ». Deux ans plus tard, sa licence d’économie en poche, il devient consultant puis directeur financier d’un groupe d’investissement, avant d’effectuer son retour en politique en 2005. Accusé par les socialistes d’avoir « ouvert la porte au FMI », il répond qu’« il vaut mieux appeler à l’aide plutôt que mourir de faim ». (afp)

MARTIN,PASCAL
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