Pérou : Ollanta Humala, ou la revanche des Indiens

Le nouveau président, qui a troqué sa chemise rouge pour un costume-cravate, doit encore convaincre les marchés

OLLANTA HUMALA et son épouse Nadine Heredia : la fête avec leurs partisans, dimanche soir à Lima. © GERALDO CASO/ AFP.

PORTRAIT

A son tour, le Pérou a basculé : l’élection d’Ollanta Humala à la présidence de la République signifie la revanche des Indiens, exclus depuis 500 ans du pouvoir politique et laissés pour compte de la croissance économique, la revanche aussi des zones rurales, forêts amazoniennes ou contreforts des Andes. Mais cette victoire électorale remportée, dimanche, contre Keiko Fujimori, fille de l’ex-président discrédité pour cause de corruption, signifie aussi que cet ancien officier de 48 ans, qui prit jadis la tête d’un soulèvement militaire, a tempéré ses ardeurs et tiré la leçon de son premier échec électoral.

En 2006 en effet, le soutien trop marqué de Hugo Chavez lui avait coûté la victoire et cette fois encore, Humala a dû récuser des accusations venues des Etats-Unis selon lesquelles le président du Venezuela aurait financé sa campagne à raison de 12 millions de dollars. En réalité, c’est au lendemain de sa première défaite, voici cinq ans, qu’Humala a entamé son virage vers le centre : son autre mentor, le président brésilien Lula avait dépêché auprès de lui un ambassadeur de choc, Luis Favre, qui l’a convaincu de délaisser Chavez et de rejoindre la « gauche moderne », où se retrouve aussi le nouveau président de l’Uruguay, José Mujica.

Ce virage a permis à Humala de rallier à sa candidature des hommes comme l’ex-président centriste Alejandro Toledo, ou Mario Vargas Llosa, prix Nobel de Littérature, considéré comme un libéral de droite. Malgré cela, les masses indiennes ont gardé leur confiance à ce militaire francophile qui se définit comme un « homme d’en bas », issu du peuple, qui promet de régler de nombreux conflits sociaux en associant les communautés rurales aux projets miniers qui se multiplient ainsi qu’à l’exploitation du gaz.

Des attentes immenses

Humala a aussi mené campagne sur le thème de la corruption, rappelant les excès d’Alberto Fujimori, père de sa rivale, et en particulier la stérilisation forcée de femmes indiennes qui avait été pratiquée sous son mandat (1990-2000).

Le nouveau président péruvien devra faire face à des attentes immenses et à l’une des situations les plus inégalitaires du continent, où la prospérité de Lima (un tiers des 28 millions d’habitants) tranche sur le sous-développement du Pérou de l’intérieur, celui des zones andines ou amazoniennes, qui connaissent des taux de pauvreté de 60 % et ne bénéficient guère des retombées de la croissance nationale (8,7 % en 2010)

Si la majorité des Péruviens a décidé de faire confiance à Humala, dont le père avait fondé le mouvement « ethnocaceriste » – qui promeut la renaissance de l’ancienne identité inca –, les marchés restent à convaincre : depuis plusieurs semaines, les capitaux fuient le pays, la Bourse a chuté, les milieux d’affaires s’inquiètent. C’est que le nouveau président, qui a troqué sa chemise rouge pour un costume cravate, promet désormais un juste partage de la croissance et « une grande transformation » de ce Pérou où, dit-il, « peu possèdent beaucoup »…

BRAECKMAN,COLETTE
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