Béatrice Delvaux a démissionné

Presse La rédactrice en chef du « Soir » espère créer un électrochoc

© DOMINIQUE RODENBACH/Le Soir

La rédactrice en chef du journal Le Soir, Béatrice Delvaux, a annoncé ce mardi, devant les membres de la rédaction du quotidien, qu’elle avait présenté lundi sa démission à Bernard Marchant, administrateur délégué du groupe Rossel, propriétaire du Soir, et à Didier Hamann, directeur général du journal. Ces deux derniers ont indiqué « tenir cette démission en suspens, eu égard à la contribution déterminante de Béatrice Delvaux au projet éditorial du Soir en tant que rédactrice en chef depuis dix ans », précisant qu’elle continuerait à « exercer son mandat jusqu’à nouvel ordre ».

« La rédaction du Soir est un corps social difficile à gérer, explique-t-elle. Pendant de nombreuses années, je l’ai fait à l’intuition, à l’énergie, à la communication de l’enthousiasme. Avec des résultats mais aussi en rencontrant des difficultés. Depuis un an, un système professionnel de gestion des ressources humaines a été mis en place, via des entretiens de progression, des contrats de lecture, etc. auxquels je crois. Mais il existe des freins réels au changement. Dans ces conditions, et après dix ans d’un investissement total dans mon rôle, j’estime ne plus pouvoir efficacement travailler à l’excellence de la rédaction, face aux défis énormes à relever ». Elle espère que sa démission constituera un électrochoc positif, « permettant d’une part au management du Soir et de Rossel d’adopter une thérapie de choc, par la gestion et l’injection de nouveaux moyens afin de soutenir tous ceux qui contribuent avec toutes leurs forces au projet rédactionnel. Et permettant, d’autre part, dans la rédaction, une prise de conscience sur la nécessité d’aller de l’avant, avec audace et résolution. » Elle conclut : « Mon énergie rédactionnelle est intacte. Mes envies journalistiques aussi fortes qu’au jour de mon entrée au Soir en 1984 et à la rédaction en chef en 2001. Elles sont à la disposition du Soir. »

L’incident qui a mis le feu aux poudres est l’envoi d’un recommandé à trois journalistes qui actait des « comportements inappropriés » lors de la couverture de la possible libération de Michelle Martin. Bien que la direction s’en défende, ces lettres avaient été perçues par de nombreux journalistes comme des avertissements. La Société des journalistes professionnels du Soir (SJPS) avait convoqué une assemblée générale ce mardi pour prendre position face à cette réaction jugée « injuste et disproportionnée ». C’est alors que la question de savoir s’il fallait voter la confiance à Béatrice Delvaux a été évoquée dans la rédaction, sans que ce ne soit jamais mis formellement à l’ordre du jour.

Longuement applaudie

Face à cette situation, la rédactrice en chef a annoncé sa démission le matin même de l’AG, à la surprise générale de la rédaction. Elle a été longuement applaudie suite à son discours. La nouvelle s’est ensuite répandue dans tout le groupe Rossel où régnait la stupéfaction. « L’épisode des recommandés n’est que le révélateur d’un malaise largement plus profond dans la rédaction », insiste Bernard Padoan, président de la SJPS.

La SJPS a pris acte de la décision de Béatrice Delvaux et a « salué son travail, sa passion et son engagement, jamais démentis ces dix dernières années, au service de l’information en général et du Soir en particulier ». Elle demande au CA de Rossel « de prendre attitude le plus rapidement possible par rapport à cette démission et préciser ses objectifs quant aux choix de la future rédaction en chef ». La rédaction exprime aussi « sa volonté de porter collectivement un projet éditorial novateur ».

De son côté, Didier Hamann a souligné que quelle que soit la décision que prendra la direction de Soir sur l’acceptation ou non de la démission de Béatrice Delvaux, « il n’est pas à l’ordre du jour qu’elle quitte la rédaction. Elle pourrait occuper d’autres fonctions au sein du journal. S’il se concrétise, ce départ ne ralentira pas l’évolution, ni le tempo. Nous maintiendrons les exigences de qualité, de réactivité, de rigueur, d’attractivité pour les lecteurs. Une remise à plat de certains éléments de la rédaction s’imposera. J’ai demandé au conseil d’administration de mobiliser des moyens exceptionnels pour mener à bien un plan capable de refonder une dynamique de la rédaction ».

MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
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