Ali Abdallah Saleh : et de trois ?

Printemps arabe  Le président yéménite pourrait ne jamais rentrer d’exil

© AFP/MOHAMMAD HUWAIS

Sanaa

de notre correspondant

Un jour annoncé « au plus mal » par les uns, l’état de santé d’Ali Abdallah Saleh serait finalement en « constante amélioration » pour les autres. Ce vendredi, un responsable du royaume saoudien, sous couvert de l’anonymat, l’affirmait : « Le président ne reviendra pas au Yémen. » Sans tarder, plusieurs sources officielles yéménites, dont le vice-ministre de l’Information, annonçaient le retour de Saleh « dans les tout prochains jours ». Alors que les informations alarmantes sur l’état de santé d’Ali Abdallah Saleh proviennent généralement de sources saoudiennes anonymes, les démentis sont sans surprise rédigés par des proches du chef de l’Etat.

Pour les opposants yéménites, l’attaque du palais présidentiel, le 3 juin, marque clairement un tournant qu’ils comptent bien exploiter. Dès l’annonce du départ d’Ali Abdallah Saleh pour Riyad, la place du Changement, foyer de la contestation, s’était animée d’une euphorie inédite depuis plusieurs semaines. Les manifestants, venus très nombreux, appelaient le vice-président Mansour Haddi, nommé chef de l’Etat par intérim, à engager au plus vite le processus de transition.

« Ne soyons pas orgueilleux, mais attentifs et prudents », tempérait alors Walid al-Amari, l’un des leaders du mouvement révolutionnaire. Cantonné au périmètre de sa résidence, le vice-président observait, impuissant, Ahmed Ali, l’un des fils du chef de l’Etat et chef de la garde républicaine, prendre place dans le palais présidentiel.

Le 8 juin, tard dans la soirée, un déluge de feu s’abattait dans le ciel de la capitale. Les partisans du président célébraient à coups de rafales de kalachnikovs et de tirs d’obus la sortie d’Ali Abdallah Saleh des soins intensifs de Riyad. La démonstration avait valeur d’avertissement pour ceux qui voulaient croire que ce voyage pour l’Arabie serait sans retour.

Depuis, le camp du changement n’en finit plus d’en appeler au vice-président Mansour Haddi pour que soit créé un Conseil présidentiel intérimaire. Mais le chef de l’Etat par intérim, à la marge de manœuvre politique limitée, annonce travailler à la seule consolidation d’un cessez-le-feu, au retrait des « bandes armées illégales » des principales villes et à l’amélioration d’une situation économique détériorée. Qualifié « d’homme honnête, sincère, patriote et sage » par le général Mohsen, passé dans le camp des opposants, le vice-président concentrerait désormais tous les espoirs des manifestants. Selon plusieurs sources diplomatiques à Sanaa, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ne ménageraient pas leurs efforts pour obtenir du président Saleh qu’il signe l’initiative de transfert du pouvoir élaboré par le Conseil de coopération du Golfe. Mais pour les opposants, peu importe finalement que Saleh rentre ou pas au Yémen. Ils en sont sûrs : le chef de l’Etat a déjà perdu le pouvoir.

TREGAN,FRANCOIS-XAVIER
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