Bouffée d’oxygène pour Athènes

Union européenne Les modalités d’un nouveau plan de soutien font débat

Le Parlement grec en effervescence, dimanche : Georges Papandréou lui a demandé un vote de confiance « à un moment crucial ». © AFP

Les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) se sont retrouvés, dimanche en fin d’après-midi, à Luxembourg, pour envisager de nouvelles mesures de soutien à la Grèce. Avec une dette publique de près de 160 % du PIB, l’Etat grec est incapable de lever des fonds sur les marchés, où les taux qui lui sont réclamés frôlent 18 % pour des emprunts à dix ans, et 29 % à deux ans.

Sur le principe, tous les Etats conviennent qu’il est impossible de laisser tomber Athènes. Ni le système bancaire européen ni la monnaie unique n’y survivraient. Si la Grèce devait faire défaut, « les regards se tourneraient vers d’autres pays comme l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, peut-être la Belgique mais aussi la France », prévient Didier Reynders, dans un entretien, ce matin, à La Tribune. Mais les modalités divisent. Et rien ne garantit qu’un accord sera obtenu d’ici cet après-midi, après une nouvelle réunion de l’Eurogroupe ce matin et, à 15 heures, une réunion des ministres des Finances de l’Union (Ecofin) – même si les instances communautaires souhaitaient aboutir pour le Conseil européen de la fin de la semaine.

Certes, l’Union fera face à l’urgence : permettre à la Grèce de passer l’été. Dimanche, la Commission européenne assurait que l’Eurogroupe allait entériner le versement, au début juillet, de 8,7 milliards à Athènes – soit la part européenne de la 5e tranche du plan d’aide de 110 milliards d’euros « offert » (moyennant intérêts) à la Grèce en mai 2010 par l’Europe et le Fonds monétaire international (FMI). Lequel a déjà fait savoir qu’il verserait sa part, soit 3,3 milliards, à condition qu’Athènes mette en œuvre de nouvelles mesures d’austérité et lance un important programme de privatisations – impopulaires au pied de l’Acropole (lire ci-contre). Dimanche, à son arrivée à Luxembourg, le nouveau ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos, a juré qu’Athènes tiendrait ses promesses budgétaires.

Tenir jusqu’en 2014

Mais le versement des 12 milliards d’euros de prêts, aussi crucial soit-il à très court terme, ne suffira pas. Car Athènes, contrairement à ce qui avait été prévu lors de l’octroi du plan de soutien de 110 milliards, ne pourra pas se financer sur les marchés l’année prochaine, ni la suivante. Il faut donc une rallonge, pour permettre à la Grèce de tenir jusqu’en 2014 : entre 85 et 100 milliards d’euros supplémentaires. Et les Européens se divisent – publiquement – sur une question bien précise : faut-il demander au secteur privé – aux banques, aux compagnies d’assurances et, plus généralement, aux investisseurs qui détiennent des titres de la dette publique grecque – de participer à l’effort ? C’est une condition sine qua non pour Berlin ; et un cauchemar pour la Banque centrale européenne (BCE).

Mais le principe de la participation du secteur privé est acquis. Sur une base volontaire, a accepté Berlin, après la rencontre de vendredi entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Toutefois, le montant et la forme font toujours débat. On évoque un renouvellement des prêts arrivant à échéance (roll over), au même taux ou bien au taux que portent des prêts accordés dans le cadre du plan de soutien de mai 2010.

Officiellement, un accord est attendu pour être validé lors du Conseil européen de jeudi et vendredi. Officieusement, selon une source diplomatique, les Européens espèrent « au moins un accord de principe » sur ce plan de sauvetage, dont les détails seraient finalisés d’ici la mi-juillet. Mais le temps presse car les marchés sont de plus en plus nerveux. Preuve de l’inquiétude des autorités : on apprenait, à l’heure de mettre cette édition sous presse, qu’une conférence téléphonique des ministres des Finances des sept pays les plus industrialisés (G7) devait avoir lieu en toute fin de soirée dimanche.

BERNS,DOMINIQUE,AFP
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