Afghanistan : Après 10 ans, l’armée US fait ses paquets

Dans une intervention télévisée, le président Obama amorce le retrait de ses troupes

En décembre 2010, en visite à Bagram, Obama avait déjà acté que l’« afghanisation » de la sécurité aurait du retard. Une sortie rapide est exclue. © Jim Watson/AFP.

Bien que la marge d’erreur soit de 3 %, le sondage du Centre de recherches américain Pew est clair : pour la toute première fois, une majorité d’Américains (56 %) souhaite un retrait des troupes US d’Afghanistan aussi vite que possible. Et c’est exactement le vœu que le président Obama a exaucé ce mercredi soir lors d’une adresse télévisée attendue de longue date : une première réduction de troupes, préfigurant un retrait substantiel d’Afghanistan qui devrait culminer en 2014.

Mais à l’heure de mettre cette édition sous presse (M. Obama devait parler à 2 h du matin, heure belge), les modalités exactes de cette réduction de force ne sont pas connues : retirer 5.000 hommes de suite (sur un total de 99.000) et 5.000 autres d’ici à Noël semble l’option minimale. Le retrait immédiat de 30.000 hommes, souhaité par le vice-président Joe Biden, semble peu probable : il est plus probable que 30.000 hommes quittent l’Afghanistan d’ici la fin 2012, ce qui en laisserait environ 69.000 sur le terrain (plus du double du nombre de soldats déployés lorsqu’Obama entra à la Maison-Blanche) au moment où se tiendra la future campagne présidentielle. L’option la plus probable ? Le New York Times croit savoir que la décision définitive sera d’enlever dix mille soldats cette année encore, et vingt mille autres en 2012. Soit trente mille au total à l’horizon 2013.

Al-Qaïda n’est que l’un des arguments

Plusieurs facteurs ont nourri cette décision. D’abord, la symbolique : pour le président de la commission Affaires étrangères du Sénat US, John Kerry, les points marqués contre Al-Qaïda (notamment la mort de Ben Laden, mais aussi la suppression en deux ans de 25 des 30 cibles majeures des Etats-Unis au sein de la nébuleuse terroriste), doit se refléter par une moindre présence de troupes US dans la région. Ensuite, l’économique : cette guerre continue à coûter 83,2 milliards d’euros par an à l’Amérique, soit 266 euros par habitant (contre 9,67 euros pour chaque Belge), du bel argent qui ne sert pas à soulager la crise.

La campagne électorale 2012 est un autre facteur : l’accroissement des troupes, en 2009, avait été contrebalancé par une promesse de début de retrait dès juillet 2011. Pour ce faire, il sera fort commode d’avoir, à partir du 1er juillet, un secrétaire à la Défense qui ne soit ni un militaire ni un politique mais un pur serviteur public, un exécutant : l’ex-patron de la CIA Leon Panetta.

Enfin, le militaire : un retrait US trop conséquent pousserait en masse les partenaires Otan vers la sortie, au bénéfice d’opérations militaires moins exotiques.

LALLEMAND,ALAIN
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