John Galliano, du podium au tribunal

Mode Le couturier s’est excusé en public

À son arrivée hier au Palais de Justice de Paris. © ap.

PARIS

DE NOTRE CORRESPONDANTE

La voix de John Galliano est si timide et nonchalante que l’interprète du tribunal renonce. L’un de ses avocats reprend la traduction, après avoir demandé à son client d’articuler. Silhouette frêle dont la finesse est accentuée par de très longs cheveux, le créateur est arrivé flanqué d’un garde du corps – par « peur de la cohue médiatique » – dans la salle du tribunal correctionnel de Paris.

L’ex-couturier de la maison Dior était jugé hier pour « injures publiques envers des particuliers en raison de leur origine, de leur appartenance ou non appartenance à une religion, une race ou une ethnie ».

En février, au café La Perle, dans le Marais à Paris, Galliano insulte deux clients. Géraldine est traitée, entre autres, de « dirty jewish face » (« sale face de Juif ») et son ami Philippe récolte des « fucking asian bastard » (« salaud d’enculé d’Asiatique »). Les plaignants s’adressent alors aux employés du bar, qui disent ne rien pouvoir faire : « C’est Monsieur Galliano ». Ils appellent ensuite la police, qui interpelle le créateur en état d’ébriété. Le styliste est licencié dès le lendemain par la maison Dior.

Les avocats de Galliano ont plaidé l’addiction. Et, à la barre, le couturier lui-même a décrit sa descente aux enfers, jusqu’au mélange d’alcool, de somnifères et de valium. Depuis, il a passé deux mois en désintoxication en Arizona. « Je ne me souviens de rien », répète Galliano lorsqu’il est interrogé sur l’altercation. Il justifie cette amnésie en décrivant sa descente aux enfers. « J’ai commencé à boire régulièrement en 2007. Dans la maison Dior, on boit pas mal… Après chaque euphorie créative, je buvais pour faire tomber la pression. »

En 2007, il perd son « ami très cher » Steven Robinson. « Lorsqu’il est décédé, je ne me sentais plus protégé. » Le soir de l’enterrement, il doit rentrer travailler sur les collections. « Ce fut pareil le jour où j’ai enterré mon père, en 2005. » John Galliano sera fixé sur son sort judiciaire le 8 septembre, a annoncé mercredi la 17e chambre. Une heure plus tôt, le ministère public avait requis une amende « pas inférieure » à 5.000 euros dans chacun des deux dossiers pour lequel le styliste est poursuivi, soit un total de 10.000 euros.

Notons enfin que Galliano s’est excusé auprès des victimes, affirmant ensuite avoir toujours combattu racisme et antisémitisme.

VANHOENACKER,CHARLINE
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