Congo Lumumba tué en 1961 : la famille veut un procès à Bruxelles

Dix noms remis à la justice

François Lumumba, fils de Patrice Lumumba © BELGA/FILIP CLAUS

Le dernier mot reviendra-t-il à la justice ? Les rares acteurs encore en vie finiront-ils par être interrogés sinon inculpés ? Déçus par les conclusions en 2002 de la Commission d’enquête parlementaire belge sur les responsabilités de la Belgique dans l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961, les fils du Premier ministre congolais, constitués en partie civile, ont déposé ce jeudi une plainte de 136 pages auprès du tribunal de première instance de Bruxelles.

En cause, un « crime d’Etat » commis par des agents de l’Etat belge, accusés de crimes de guerre et de tortures par la famille Lumumba.

Selon Me Marchand, l’avocat des plaignants, ces crimes, relevant du droit international, ne peuvent être prescrits. Selon les plaignants, ce « complot criminel » a été ourdi et mis en œuvre à différents niveaux : le ministère belge des Affaires étrangères, dirigé à l’époque par Pierre Wigny, le ministère des Affaires africaines, dirigé par le vicomte Harold d’Aspremont Lynden, le « Bureau conseil du Katanga », où des fonctionnaires belges assistaient le gouvernement sécessionniste de Moïse Tshombe.

Si les enfants de Patrice Lumumba ont tenu à saisir la justice bruxelloise, c’est parce que, à leurs yeux, c’est dans la capitale belge qu’a été préparée et financée la manœuvre qui mena à l’élimination définitive du Premier ministre congolais.

Ils mettent plus particulièrement en cause la « Cellule Congo » : en 1960, alors que la Belgique politique et sociale traversait une période troublée – celle des grandes grèves –, l’indépendance de la colonie fut préparée au sein d’un cercle très restreint, où se retrouvaient des officiers de haut rang, des diplomates et des fonctionnaires des ministères concernés. Durant toute la période coloniale, le sort du Congo suscita relativement peu de débats parlementaires : ceux qui furent appelés à gérer l’indépendance et la crise qui suivit eurent les mains relativement libres.

D’ici deux semaines, un juge d’instruction devrait être désigné pour examiner la plainte et dire si elle est recevable. Si l’Etat belge et ses agents sont mis en cause, des personnes physiques seront-elles appelées à répondre aux enquêteurs ? Même si tous les protagonistes de premier plan ont disparu, une liste de dix noms « plus X » a été remise à la justice belge. On sait déjà que s’y retrouvent des membres de la « Cellule Congo » et des membres du « Bureau Conseil » qui travaillaient aux côtés de Moïse Tshombe au Katanga.

Brassine et Davignon

Deux des protagonistes les plus connus de l’époque ont déjà répondu, par avance, aux questions qui pourraient leur être posées : Etienne Davignon et Jacques Brassine. Etienne Davignon, à l’époque, était « diplomate stagiaire », et il représenta le ministre Wigny à la Table ronde avant d’être envoyé à Léopoldville (Kinshasa) en contact étroit avec Brazzaville. C’est là que, autour de l’ambassadeur belge Dupret, se coordonnaient les manœuvres d’opposition.

Le vicomte estime aujourd’hui, comme Jacques Brassine qui travaillait au « Bureau Conseil » du Katanga, qu’il a déjà répondu aux questions posées par les parlementaires et que si des questions sans réponse subsistent, c’est aux protagonistes congolais qu’elles doivent être posées.

Sur la liste des dix personnalités visées, des hommes plus obscurs pourraient se retrouver, comme Charles Huygue, qui a été le gardien de Lumumba et de ses compagnons alors arrêtés, quelques heures avant sa mort, ainsi que des membres de l’équipage de la Sabena qui avaient amené les prisonniers au Katanga où une fin atroce les attendait : criblés de balles, puis enterrés, déterrés, les corps furent dissous dans l’acide…

Les plaignants souhaitent aussi qu’un juge d’instruction consulte des sources encore inédites, comme les archives suédoises (patrie de Dag Hammarskold, secrétaire général de l’ONU à l’époque) ou celles de pays comme le Ghana, qui avait envoyé des Casques bleus au Congo.

BRAECKMAN,COLETTE
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