Martine Aubry, cette fois c’est oui !

France Elle cédera les clés du PS après avoir annoncé sa candidature à Lille

Martine Aubry donnera ce mardi le top départ de la primaire socialiste. © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP.

PARIS

De notre envoyée permanente

Jusqu’au bout, elle aura réussi à tenir son rythme. Sans céder à la pression. Depuis la mise hors course de DSK, on la poussait à se déclarer candidate à l’élection présidentielle de 2012. Mais Martine Aubry voulait à tout prix verser dans le symbole. La date devait refléter l’esprit collectif. Ce serait donc le 28 juin, le jour d’ouverture officielle des candidatures pour la primaire socialiste. Le lieu devait symboliser la proximité avec les Français et l’action concrète. Va donc pour Lille, la ville qu’elle dirige depuis dix ans. La première secrétaire du parti socialiste fera sa déclaration ce mardi depuis Saint-Sauveur, une ancienne gare de marchandises transformée en centre culturel.

Le discours sera bref, selon ses proches. Un instant solennel qui sera retransmis sur un site internet – martineaubry.fr – créé pour l’occasion. L’idée d’une interview dans la foulée au Vingt Heures de France 2 a finalement été abandonnée. Le temps de l’explication viendra plus tard. Pour l’heure, tout doit être dans l’image.

La candidature de Martine Aubry était évidemment un secret de polichinelle. Mais son entrée en campagne officielle marque le véritable démarrage de cette course préliminaire qui ne s’achèvera qu’à l’automne, avec le vote des sympathisants, les 9 et 16 octobre. La première secrétaire du PS cédera les rênes du parti, annonce déjà son porte-parole, Benoît Hamon. Pour lui succéder, on cite son actuel numéro deux, Harlem Désir, ou Jean-Christophe Cambadélis. Si celui-ci, bras droit de DSK, était choisi, ce serait un nouveau coup de pouce pour celle à qui plusieurs poids lourds ont déjà fait allégeance : l’ancien Premier ministre Laurent Fabius et le maire de Paris Bertrand Delanoë, notamment. Mais cela suffira-t-il pour battre son principal rival ? François Hollande, son prédécesseur à la tête du parti, fait toujours la course en tête : il recueille 37 % des intentions de vote chez les sympathisants de gauche contre 34 % pour Martine Aubry, selon un sondage Ifop. Chez les sympathisants du parti socialiste, l’écart est encore plus creusé : 43 % pour Hollande contre 34 % pour Aubry.

Ségolène Royal n’a pas dit non plus son dernier mot. Ce week-end, l’ex-candidate de 2007 a relancé sa campagne dans son fief de Poitou-Charentes. Elle dit avoir retenu les leçons du passé. Elle reste loin derrière (13 % des intentions chez les sympathisants de gauche, 11 % chez ceux du PS), mais sa pugnacité peut lui permettre de marquer des points. Les deux autres candidats déclarés pour l’instant, Arnaud Montebourg qui plaide pour la « démondialisation » et Manuel Valls, qui fait campagne à la droite du PS, ne devraient faire que de la figuration.

En dépit des appels à la fraternité, la campagne interne sera sans merci. Preuve que les rivaux n’entendent rien céder, François Hollande sera ce mardi sur les terres de Martine Aubry, dans le Pas-de-Calais. Et Ségolène Royal ne mettra pas non plus sa campagne entre parenthèses pour ne pas gêner Martine Aubry.

Au risque que cette primaire affaiblisse le candidat qui sera finalement choisi ? C’est le pari que font la droite et l’Elysée. A l’UMP, on fustige le principe même de ces primaires. Un « fichage » des sympathisants, une atteinte aux libertés que les socialistes auraient dénoncée en d’autres temps, s’amuse le patron du parti Jean-François Copé.

Nicolas Sarkozy n’est pas en reste. Le président a tenu lundi une conférence de presse, la quatrième de son mandat. Officiellement, il s’agissait de parler du suivi des investissements d’avenir lancés dans le cadre d’un « grand emprunt ». Mais ce rendez-vous était aussi l’occasion pour le maître du « storytelling », de court-circuiter Martine Aubry…

Si certains en doutaient encore, Nicolas Sarkozy en a profité pour rappeler implicitement son ambition. « Moi, j’ai des devoirs, je suis président de la France, président du G8 et président du G20 », a-t-il entamé en réponse à une question sur la campagne. Mais d’ajouter aussitôt : « La présidentielle, c’est dans un an. Dire qu’on n’y pense pas, personne n’y croirait ! »

MESKENS,JOELLE
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