La nouvelle Pologne prend l’Europe

Varsovie s’empare de la présidence tournante de l’Union européenne

Donald Tusk, le Premier ministre polonais, débarque à Bruxelles (ici, pour le sommet européen de la semaine passée) : la Pologne veut convaincre ses partenaires européens. © BRUNO FAHY/Belga.

VARSOVIE

de notre correspondant

L’été risque d’être studieux et mouvementé pour le Premier ministre polonais Donald Tusk. Ce vendredi, et pour la première fois depuis son adhésion à l’Union européenne en mai 2004, la Pologne va assurer la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne jusqu’en décembre. Six mois qui seront une véritable épreuve du feu sur la scène internationale pour le chef du gouvernement.

Donald Tusk veut convaincre à l’étranger. Le Premier ministre polonais ambitionne de hisser la Pologne dans le peloton de tête des Vingt-Sept. Seul pays européen à avoir connu la croissance en 2009 (hausse de 1,7 % de son PIB) contre une récession moyenne de 4,3 %, érigé en exemple pour sa transition réussie vers la démocratie, un taux de chômage en diminution constante (9,3 % en avril alors qu’en 2002 il était le plus haut d’Europe, à plus de 20 %), Varsovie veut montrer aux Européens qu’il faut désormais compter avec elle.

Avec des voyants au vert, son programme semble réaliste pour ce semestre européen. Il sera axé autour de la croissance économique, du renforcement de la compétitivité, de la sécurité des approvisionnements énergétique et alimentaire avec une réforme de la politique agricole commune (PAC), mais aussi de la poursuite de l’intégration, notamment en finalisant le traité d’adhésion de la Croatie et en renforçant la création d’espaces de libre-échange avec l’Ukraine et la Moldavie. Le gouvernement polonais met d’ores et déjà toutes les chances de son côté en préparant le terrain : Donald Tusk et son ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski se sont rendus à Paris avant de recevoir leurs homologues allemands, le 21 juin.

Les obstacles d’octobre

A domicile, Donald Tusk va devoir batailler sur différents fronts en vue des élections législatives qui se dérouleront en octobre. Il doit avancer sur la réforme de l’âge du départ à la retraite. L’Institut de recherche structurel vient de rendre un rapport alarmant annonçant un « désastre économique » qui pourrait déboucher sur un déficit annuel de 20 milliards de zlotys (5 milliards d’euros) à partir de 2030, accompagné d’indemnités très faibles (autour de 1.600 zlotys soit 400 euros) pour les femmes pensionnées non diplômées, si rien n’est entrepris. La dette publique est aussi une épine dans le pied de Donald Tusk : elle devrait s’élever à 54,2 % du PIB cette année. Et le compteur géant installé en septembre dernier au centre de la capitale polonaise rappelle quotidiennement aux Polonais que l’endettement s’élève actuellement à près de 783 milliards de zlotys (196 milliards d’euros).

Le dernier obstacle concerne des problèmes dans les rénovations et constructions des infrastructures en vue de l’Euro de foot 2012. De nombreux chantiers ont pris un retard inquiétant. Le plus emblématique est celui de l’autoroute A2 entre Berlin et Varsovie. Beaucoup prédisent qu’il ne sera pas terminé à temps, en raison du récent fiasco du chantier, confié à un mastodonte low-cost… chinois – une première en Europe ! Autant d’angles d’attaques pour le parti conservateur et eurosceptique Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski, son plus fervent opposant. Mais la campagne sera ardue, ce dernier prédisant sa propre défaite : l’ex-Premier ministre reconnaît que « nous subirons encore 4 ans de règles dictées par la Plateforme Civique (de Tusk) ». Les dernières estimations placent l’actuelle majorité à 49 %, loin devant le PiS, crédité de 29 %.

FAURE, ANTOINE
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