Grèce : Pain sec ou faillite, le choix infernal

Les manifestations se durcissent face au vote des députés sur l’austérité

Les manifestations ont parfois tourné à l’affrontement, mardi à Athènes. Ce mercredi devrait être marqué par leur montée en puissance. Une journée qui s’annonce des plus houleuses. © Thanassis Stavrakis/AP.

Les prochaines heures seront « décisives » pour la zone euro et pour l’économie mondiale. Mardi, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a dramatisé l’enjeu. Capitales et marchés seront en effet suspendus ce mercredi à la décision des députés grecs d’engager ou non leur pays dans un nouveau plan d’austérité, synonyme d’assainissement.

Rétroactes. Avec une dette publique qui s’élève à 157 % de son PIB, la Grèce est au bord de la faillite. Sa mise sous perfusion l’an dernier par l’Union européenne et le Fonds monétaire international via un plan de sauvetage de 110 milliards d’euros n’a pas suffi. De nouvelles mesures d’austérité sont donc exigées par ses partenaires européens en contrepartie du versement de 12 milliards d’euros nécessaires au pays pour honorer en juillet ses engagements financiers. Cette somme précéderait un plan d’aide supplémentaire de 100 milliards d’euros, toujours en négociation.

Acculé, le gouvernement du socialiste Georges Papandréou s’est engagé à mettre en œuvre ce nouveau plan d’assainissement. Impôts, rabotage des pensions, privatisations… soit 78,6 milliards d’euros d’ici 2015. Au préalable, Papandréou a obtenu le 21 juin la confiance du Parlement. Mais ses troupes restent divisées en coulisses. Et l’opposition de droite refuse toute idée d’union nationale.

Les critiques fusent de toutes parts. Ainsi, le gouverneur de la Banque de Grèce, Georges Provopoulos, juge que trop de nouveaux impôts seraient envisagés pour trop peu d’économies dans les dépenses. La rue ne dit pas autre chose, qui estime avoir consenti assez de sacrifices.

Ce mardi, le pays a tourné au ralenti. Il en sera de même aujourd’hui. Coupures de courant, banques fermées, annulations de vols, arrêts des transports en commun à Athènes et des dessertes maritimes vers les îles, journalistes se croisant les bras… ont jalonné la quatrième grève générale décrétée par les deux grands syndicats GSEE (salariés du privé) et Adedy (fonctionnaires).

Quelque 20.000 manifestants sont descendus dans les rues d’Athènes où 4.000 policiers ont été mobilisés. Des troubles ont éclaté. Des gaz lacrymogènes ont fusé. Et 7.000 protestataires ont été recensés à Thessalonique.

Cette situation inquiète dans les hautes sphères de l’UE. Hier, le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn a estimé que les nouvelles mesures d’austérité sont le « seul moyen » pour le pays d’éviter la faillite. Il a affirmé qu’il n’y a pas de « plan B » en cas d’échec du vote du Parlement grec. Même son de cloche chez le président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Le patron du Conseil européen, Herman Van Rompuy, s’est fait particulièrement grave : « Il y a des moments décisifs, et les heures qui viennent seront décisives, capitales non seulement pour le peuple grec, mais aussi pour la zone euro et même pour la stabilité de l’économie mondiale. »

Le scénario du pire ne peut être ignoré. Affolement des marchés, perte de crédit de la monnaie unique, effet domino sur les autres économies fragiles de la zone euro (Espagne, Portugal, Irlande, etc.)… font partie des hypothèses envisagées à Bruxelles. Selon l’AFP, qui cite un responsable européen resté anonyme, la zone euro travaillerait bien, quoi qu’en disent ses élites, à un « plan B » pour éviter la faillite de la Grèce. Selon ce responsable, « la prochaine étape n’est pas un défaut de paiement », une assertion qui laisserait entendre que la solidarité européenne ne sera pas prise en défaut.

Le ministre allemand des Finances publiques Wolfgang Schäuble a confirmé que tout est fait pour « éviter le pire ». Une déclaration qui n’aura pu que rassurer les marchés et les observateurs, sachant le peu d’empressement manifesté habituellement par l’Allemagne pour aider la Grèce.

MARTIN,PASCAL
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