Face à Tsonga, Federer a perdu le fil

Wimbledon Le Français a forcé l’exploit de sa carrière en revenant de l’enfer

Jo-Wilfried Tsonga n’en croit pas ses yeux. Il a remonté deux sets pour battre Roger Federer en quarts de finale à Wimbledon. Un exploit majeur. © Alastair Grant/AP.

Comme un mauvais raccord. Ou alors l’impression d’avoir raté un bout du film après s’être assoupi quelques instants. Le quart de finale opposant Roger Federer à Jo-Wilfried Tsonga garde sa part de mystère. Celle entourant parfois ces matchs en deux parties, basculant soudainement sans qu’on en saisisse vraiment la raison. Pas même les protagonistes.

Tout avait pourtant si bien commencé. Bien plus inspiré que l’avant-veille face au Russe Mikhail Youzhny, le Bâlois déroulait la pellicule dans le bon sens. Il était aérien. Il servait bien. Il volleyait bien. Il variait avec des accélérations, des amorties. Bref, il était Roger Federer. Celui de ses grandes heures. Celui de ces dernières semaines. Après un premier set emballé 6-3, il remporta avec maestria le tie-break du deuxième, laissant augurer une victoire en trois manches. Tant le numéro 3 mondial était juste fidèle à lui-même, impassible, dégageant une sensation de maîtrise totale. Rien ne pouvait lui arriver.

C’est là qu’il manque un passage. Les quelques plans furtifs de la passation de pouvoir. Jo-Wilfried Tsonga avait soudain haussé son niveau de jeu et fermé la porte à son adversaire. Impérial au service, il ne concéda plus aucune balle de break et enchaîna les coups gagnants, du fond de court et à la volée.

Federer a son explication : « Ce match, c’est le jeu sur gazon. Tu as quelques rares occasions et si tu ne les prends pas, tu perds. C’est difficile à digérer et frustrant, mais c’est comme ça que le tennis devrait se jouer sur herbe. Or malheureusement ça n’existe quasiment plus. Les conditions sont devenues trop lentes. Mais aujourd’hui, Jo et moi sommes parvenus à disputer un match comme au bon vieux temps. »

Pour la deuxième année consécutive, le sextuple vainqueur quitte son jardin au stade des quarts de finale. Pour la première fois de sa carrière, il quitte aussi un Grand Chelem en se faisant remonter après avoir remporté les deux premiers sets. Certes drapé dans sa déception, mais satisfait d’avoir tout simplement « bien joué ». Et la formule n’est pas galvaudée. Elle dit toute la différence entre s’en aller torturé par les regrets ou avec le sentiment d’avoir sublimé un adversaire au sommet de son art.

Et cette fois, personne ne devrait venir lui chanter la complainte du déclin. Car Federer n’a pas failli. Il n’a même pas moins bien servi. Les statistiques de la rencontre sont là pour le dire. Les raisons de la défaite ? C’est ce que cachent sûrement les plans manquants.

MUSY,ISABELLE
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