« On avait un moral d’acier »

France Ghesquière et Taponier ont raconté leur longue captivité

STÉPHANE TAPONIER et Hervé Ghesquière, à Paris : « Faim de liberté, faim d’amour, faim tout court ». © AFP.

RÉCIT

Villacoublay (Yvelines)

De notre envoyée spéciale

L’image était devenue rituelle, à chaque libération d’otage. Un moment d’émotion partagé par la France entière. Cette fois pourtant, on n’aura pas vu Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier descendre de l’avion qui les ramenait en France après un an et demi de captivité en Afghanistan. Si ce n’est sur une séquence floue, « volée » par une caméra de TF1. Les familles avaient souhaité la plus stricte intimité, selon l’Elysée. Elle aura presque été respectée… Les équipes de France Télévisions ont vécu l’incident comme une humiliation. « C’est une honte, on nous a exclus de ce moment », disait un reporter d’images présent à l’aéroport de Villacoublay. Sur sa caméra, on pouvait encore apercevoir un autocollant usé avec mots : « Nous ne vous oublions pas ».

La polémique a failli gâcher la fête. Mais après les retrouvailles à l’abri des regards et le départ de Nicolas Sarkozy, les anciens otages ont retrouvé leurs confrères journalistes sous un tonnerre d’applaudissements. Les mots alors ont fusé dans une conférence de presse improvisée.

« On va très très bien », ont-ils entamé. A l’évidence les deux hommes, rasés et en tenue décontractée, sont en forme même si leur famille les a trouvés « pâles et amaigris ».

« Nous n’avons jamais été maltraités ni attachés ni menacés de mort, disent-ils. Mais les conditions de vie étaient très difficiles. Nous avions un moral d’acier. On n’a jamais douté. »

Ghesquière et Taponier ont décrit l’ennui contre lequel ils luttaient en « structurant le temps » pour ne pas tomber dans le désespoir. Enfermés vingt-trois heures quarante-cinq par jour dans une pièce de dix mètres carrés. Deux seules sorties autorisées, matin et soir, pour aller aux toilettes. Une nourriture « spéciale montagne afghane », c’est-à-dire « très peu à manger et toujours la même chose ». Des exercices physiques, chaque jour, trois heures pour Taponier et trois quarts d’heure pour Ghesquière. La radio qui leur permettait cinq ou six heures par jour de sortir de leur « bulle de non-vie ». « On entendait parler d’un rassemblement au Zénith, on se disait que si ça durait encore six mois ça finirait au stade de France ! » Les conversations, parfois surprenantes avec leurs ravisseurs talibans (« Il nous arrivait de parler de tout, parfois même des rapports hommes-femmes »). Leur séparation, après trois mois. Les huit mois qu’Hervé Ghesquière a passés seul. Les cinq cents feuillets noircis par ce dernier, qui tenait la chronique de sa captivité mais qui s’est bien sûr vu retirer son manuscrit. L’habit blanc traditionnel donné par les talibans qui leur a fait sentir que cette fois leur

libération allait enfin avoir lieu. « On était comme des prisonniers qui décomptent les jours sauf que nous, on ne connaissait pas l’échéance de la peine. »

Sans surprise, les deux ex-otages n’ont dit que très peu de chose des conditions de leur libération. Les connaissent-ils seulement ? Leur récit précis, c’est aux services de renseignement qu’ils doivent le réserver en se soumettant à un débriefing serré. Le gouvernement maintient qu’aucune rançon n’a été versée. On évoque pourtant un marchandage financier. Les ex-otages sont conscients qu’ils représentaient une monnaie d’échange. Les exigences des ravisseurs auraient été en partie satisfaites seulement sur le montant. On évoque plusieurs centaines de milliers d’euros. Mais ils auraient obtenu la libération de plusieurs prisonniers au terme de négociations au cours desquelles le président afghan Hamid Karzaï aurait joué un rôle.

Repartir sur le terrain !

Saura-t-on un jour la vérité ? Pas sûr. Mais cela n’empêchera pas les journalistes de repartir sur le terrain, malgré les critiques de l’Elysée au début de leur captivité (Nicolas Sarkozy avait estimé que les médias prenaient trop de risques en cherchant le scoop à tout prix). « Que les choses soient claires : nous ne sommes pas allés affronter la face nord de l’Everest en tongs », a balayé Hervé Ghesquière lors d’une réception organisée à France Télévisions. Même éprouvés, les deux ex-otages n’entendent pas renoncer. « Plus que jamais, j’ai envie de poursuivre ce métier », a même lancé le journaliste en s’excusant presque auprès de sa compagne…

MESKENS,JOELLE
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.