A Rabat, les habitants disent « oui » au Roi

Maroc La réforme constitutionnelle voulue par Mohamed VI soumise à référendum ce vendredi

DRAPEAUX et portraits sont de sortie : à Casablanca, les partisans du Roi affichent la couleur… © KARIM SELMAOUI/ EPA.

reportage

rabat

correspondance

Vendredi 1er juillet : en ce jour du vote de la nouvelle constitution par référendum, les Marocains sont plus que jamais sollicités à aller aux urnes. Les spots radio et télévisés en dialecte marocain et amazigh sonnent dans tous les taxis et cafés. « Nos frères, nos sœurs, c’est votre pays, vous devez voter pour un changement historique. » Depuis mercredi, les chaînes passent des spots pour expliquer comment voter dans un bureau de vote.

Présentée le 17 juin lors du discours du roi Mohamed VI, la nouvelle constitution apparaît plusieurs mois après les contestations du mouvement dit du 20 Février dans la rue. A travers cette réforme, l’enjeu sous-entendu du roi est de satisfaire ces revendications et d’éviter ainsi un soulèvement massif de la population comme en Tunisie ou en Egypte.

Depuis l’annonce du référendum, le paysage a changé dans les rues de Rabat, la capitale. Les manifestations des deux derniers dimanches ont montré un attachement inconditionnel pour le monarque. Les jeunes Marocains en T-shirt rouges hurlaient « le peuple dit oui à la Constitution », brandissant drapeaux du Maroc et photos du Roi. Les membres du mouvement du 20 Février ont été appelés « traîtres » car le rejet à la Constitution est un rejet au Roi, selon ces manifestants. Au centre-ville, d’immenses affiches prônant le « oui à la Constitution » habillent les immeubles, les posters sur les voitures, le « oui » est partout avec la photo du Roi, mais aucune trace du « non » à la Constitution.

Félicité par l’Europe pour sa rapidité vers une démocratie, soutenu par les partis du gouvernement et même par les islamistes du Parti de la justice et du développement, principal parti de l’opposition, Mohamed VI s’est également rallié les principaux partis politiques du pays en débloquant 70 millions de dirhams pour les aider à participer au débat pour le référendum, d’après le magazine marocain TelQuel.

Du côté de l’opposition, les jeunes du mouvement 20 Février ont décidé de mener une campagne pour le boycott du référendum jusqu’au bout. Selon eux, la commission à l’initiative de cette Constitution a été nommée par le Roi et non par le peuple, elle ne peut donc pas répondre aux attentes du mouvement. « Cette Constitution est de la poudre aux yeux, le Roi a toujours les pouvoirs à la tête de l’exécutif, du législatif et du judiciaire, il n’y a donc pas de changement de la donne politique », explique Montasser Drissi, un des fondateurs du mouvement à Rabat.

L’enjeu : la participation

L’enjeu du référendum va marquer un tournant pour le mouvement protestataire : si le taux de participation est faible, les revendications pourraient continuer ; dans le cas contraire, un « oui » massif à la Constitution pourrait étouffer le mouvement et le rendre moins crédible. De plus, les Marocains sont depuis un mois et demi de moins en moins nombreux à se joindre aux manifestations du mouvement. Même si certains se disent favorables à la Constitution, ils s’attendent aussi à un taux d’abstention, pas seulement des pro-20 Février mais d’une partie du peuple qui ne s’intéresse pas à la vie politique. Le gouvernement a cependant bien rodé sa communication pour promouvoir le vote.

Un schisme opposant la majorité pro-Constitution et le mouvement contestataire serait-il alors possible ? A Rabat, peu de gens y croient, la population estime dans sa majorité que le boycott est poussé par une minorité et que la nouvelle Constitution est un grand pas en avant. Le résultat sera annoncé dès le samedi 2 juillet.

SIHEM HASSAINI

Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.