Le MR a dit « oui », les autres devraient suivre

Toute la pression est sur la N-VA et le CD&V

Le président du MR a dit « oui mais... » © Le Soir/Pierre-Yves Thienpont

La note Di Rupo a essuyé son premier refus, cinglant. Il est signé du front commun syndical : « Déséquilibrée, ne constitue pas une base acceptable ». Les termes sont durs  mais ne changeront rien à la relance (ou l’échec) des négociations.

Le MR renvoie la balle…

Bien plus décisif, en revanche, est le « oui » du MR, exprimé, à la surprise générale, dès lundi matin. « Nous avons voulu indiquer, sans tergiverser, que nous sommes disponibles et prêts pour commencer les négociations », explique Charles Michel. C’est donc oui pour aller s’asseoir à la table, mais les bras chargés d’amendements. Lesquels porteront essentiellement sur deux points : le MR estime que les mesures de soutien aux bas et moyens salaires ne sont pas suffisantes, et entend veiller « au respect des engagements francophones ». Rien de rédhibitoire toutefois, pas même, donc, sur BHV : « on clarifiera nos positions quand on commencera à négocier », précise Charles Michel.

En dégainant le premier, le président du MR a pris tout le monde de court. C’est tactiquement plutôt bien joué. D’abord parce qu’il détourne l’attention de son parti. Depuis que la note est connue, nombre de regards étaient en effet rivés sur le MR. Car il est évident que le chapitre sur BHV, tel quel (même avec les compensations qu’offrent la circonscription unique et la cooptation) est inacceptable pour le FDF. Olivier Maingain allait-il torpiller le texte ? Ce n’est pas faute d’avoir essayé de le faire parler mais le président du FDF s’est tu, lundi. C’était convenu avec Charles Michel, l’accord a été respecté. Encore fallait-il, ensuite, très vite verrouiller la position du parti, pour éviter que des francs-tireurs ne se répandent en commentaires – les bourgmestres non nommés l’ont, assez logiquement, fait dès lundi soir. Ce fut donc chose faite mardi matin, à l’issue d’un Bureau élargi, avenue de la Toison d’Or. Voilà qui évacue, temporairement au moins, le risque de voir le MR se déchirer. A noter : le FDF se réunissait en bureau mardi soir (on accepte la négociation, histoire d’amender la note du formateur). Au passage, Charles Michel renvoie la patate chaude au CD&V et à la N-VA. Si d’aventure, ces deux partis spéculaient sur un refus du MR pour préparer le leur, c’est raté.

… au CD&V et à la N-VA

Plus que jamais, la balle est donc dans le camp du CD&V et de la N-VA. Les deux partis, qui se concerteraient en coulisses, observent un silence absolu. Pour Bart De Wever et plus encore pour Wouter Beke, le dilemme est cornélien.

La note Di Rupo ne répond pas à toutes les exigences nationalistes flamandes, c’est sûr – « Ce n’est pas une révolution copernicienne, avec déplacement du centre de gravité », entend-on au Nord. Certes. Mais, comme s’est plu à le souligner la presse flamande, la note va loin. Plus loin que n’osaient l’imaginer les partis flamands. Les éditorialistes du Nord y ont vu, mardi, une raison suffisante pour relancer les négociations, sous-entendu « il n’y aura pas mieux ». A cette première forme de « pression » a répondu une seconde, inattendue, venue du Voka (l’organisation patronale flamande proche de la N – VA), qui estime que la note « est un bon point de départ ». Certes, son président, Luc De Bruyckere, s’empresse d’ajouter que « beaucoup d’adaptations seront nécessaires ». N’empêche, il conclut en appelant à négocier. Une sortie qu’il sera difficile, pour la N-VA et l’aile droite du CD&V, de négliger.

D’autant que, sur le plan socio-économique, le formateur a fait des pas énormes vers la droite flamande, sacrifiant au passage de solides tabous. Dégressivité des allocations de chômage, réduction de la norme de croissance des soins de santé, révision de la pension des fonctionnaires sont autant de trophées dont n’osaient rêver le CD&V et la N-VA voici quelques semaines. Le manque de responsabilisation financière, le mécanisme d’autonomie fiscale (IPP et non « split rate ») voire la participation de la Flandre à l’effort d’assainissement – autant de reproches formulés par les deux partis – ne suffisent pas, après 388 400 jours de crise, pour justifier un « non », synonyme de chaos, voire d’élections. Ce matin, dans le Tijd, Bart Maddens, proche de De Wever, estime d’ailleurs que « la N-VA est presque obligée de dire oui, avec un grand mais » à une note qu’il juge pourtant « imbuvable pour de nombreuses raisons ». Le raisonnement vaut plus encore pour le CD&V, qui retrouve dans la note, des passages entiers du rapport Beke.

Ces « oui mais » ouvriraient aussitôt la voie à la reprise des négociations, le feu vert du SP.A, du VLD et, surtout, des partis francophones, ne souffrant guère de doute. Mais cela n’augure pas nécessairement d’un accord rapide. Car, et c’est la grande crainte côté francophone, « certains pourraient dire oui en pensant non ». En clair, assortir le « oui » de conditions qui remettent en cause l’équilibre de la note et/ou ne rien faire, à la table, qui favorise un accord. Le formateur n’est que trop conscient du risque : il a déjà prévenu qu’il n’accepterait que les amendements (les exigences) qui sont « compensés » (par une concession). Et, s’il voit que le processus de négociations s’enlise, il le fera savoir, « en toute transparence ».

On n’en est pas là. On attend, pour jeudi, les réactions des partis. S’ils disent oui, le formateur prendra quelques jours pour former sa coalition. Les négociations se dérouleront vraisemblablement en deux tables. L’une, institutionnelle, avec tous les partis ; l’autre, socio-économique, avec ceux choisis pour le gouvernement. Semblent partants certains : PS, MR, CDH, N-VA et CD&V. Le PS exige le SP.A, la N-VA et le MR voudraient le VLD. Voilà qui ferait sept partis à table. C’est beaucoup mais c’est jouable. Verdict attendu sous huitaine. Dernier détail : le formateur entend conclure ou faire une pause fin juillet.

Pierre Bouillon, Véronique Lamquin

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