Berlusconi s’effacera dans deux ans

Italie Le chef du gouvernement annonce son départ et désigne son successeur

L’ancien et le nouveau au récent Congrès du Peuple des Libertés : Berlusconi adoube Alfano. © EPA

ROME

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Je ne serai pas candidat à la présidence du Conseil aux prochaines élections », a annoncé Silvio Berlusconi au cours d’une interview publiée par le quotidien La Repubblica, vendredi. Non seulement il ne se présentera pas aux législatives de 2013, mais il a aussi renoncé à son rêve, la présidence de la République, dont le mandat vient à terme également en 2013.

« Si je pouvais, je m’en irais tout de suite », a déclaré un Berlusconi apparemment fatigué par tous les procès où il est inculpé (pour prostitution de mineure, abus de fonction, corruption de témoin…) Et découragé, à la suite de deux récents revers électoraux. D’abord aux municipales de mai, où il a perdu son fief, Milan. Ensuite, aux référendums de juin où les « oui » en faveur de l’abrogation de diverses lois l’ont remporté haut la main, et où il a été privé d’une nième loi « faite sur mesure » qui devait lui permettre de ne pas se présenter aux procès lorsqu’il avait des empêchements liés à sa fonction.

Un dîner en avril

Pour expliquer sa renonciation à la présidence du Conseil, il a invoqué son âge, 75 ans en septembre. Et il a même indiqué le nom de son successeur : l’ex-ministre de la Justice, Angelino Alfano (41 ans !), qu’il a récemment nommé – ou plus précisément fait élire par acclamations – secrétaire du PDL (Peuple des libertés). Une nouveauté absolue pour ce parti tellement peu structuré et lié à son fondateur qu’il était appelé, du moins jusqu’à la nomination d’Alfano, à disparaître en même temps que Berlusconi. Quant à la présidence de la République, il a déclaré : « Ce n’est pas pour moi ». Un choix prudent, étant donné qu’il risque d’avoir, pour l’un ou l’autre de ses procès, une condamnation en première instance qui lui barrerait, de toute façon, le chemin du Quirinal. Il a désigné son bras droit, Gianni Letta, « une personne de grande valeur et qui a d’excellents rapports avec le centre-gauche », comme « le meilleur candidat possible à ce poste ».

En réalité, tout ce que le chef du gouvernement italien a annoncé dans l’interview de La Repubblica, il l’avait déjà dit en avril dernier, au cours d’un dîner à Rome avec 22 correspondants de médias étrangers (dont Le Soir). Mais sur un ton de boutade. Il avait assuré que Letta serait beaucoup mieux que lui au Palais du Quirinal. Qu’aux prochaines élections, il serait là mais qu’il était à l’âge où il devait plutôt jouer un rôle de padre nobile et qu’il y a avait quelqu’un (il ne l’avait pas nommé) de beaucoup plus jeune que lui qui serait parfait au Palais Chigi (la présidence du Conseil). Il avait précisé : « Vous le connaissez, vous l’avez rencontré récemment ». Angelino Alfano avait été, en effet, l’invité d’un dîner, avec les journalistes étrangers, quelques jours plus tôt, et c’est lui qui avait convaincu Silvio Berlusconi de rencontrer cette « méchante presse étrangère » dont il se méfie presqu’autant que des magistrats (tous des communistes, les uns et les autres !). Quelques jours plus tard, à la suite de quelques fuites, tous les médias titraient : « Angelino Alfano, dauphin de Berlusconi ». Cependant, au cours du dîner, le Cavaliere avait aussi fait un long éloge du ministre de l’Economie, Giulio

Tremonti, qui, récemment encore, semblait devoir être son successeur. Mais cette époque-là est bien révolue. Le malheureux Tremonti, qui vient de présenter une très sévère et impopulaire cure d’austérité pour permettre à l’Italie d’éliminer son déficit d’ici 2014, semble être tombé en disgrâce, du jour au lendemain. Au moment où Silvio Berlusconi affirme que le Parlement modifiera la loi budgétaire de Tremonti, qui « ne pense qu’au marché et pas du tout au consensus et aux votes » et « qui croit qu’il est un génie et que les autres sont des crétins » (.), l’on apprend que le loyer de l’appartement romain du ministre, plus de 8.000 euros, était payé par l’un de ses conseillers, Marco Milanese, poursuivi pour corruption dans le cadre du scandale de la P4, un réseau de pouvoir occulte récemment découvert.

CONTEXTE

Le problème

Affaibli par ses ennuis judiciaires – trois procès sur les bras – et politiques – une cuisante défaite de ses candidats aux municipales –, Silvio Berlusconi entend passer le témoin comme leader de la droite à l’horizon électoral 2013.

L’enjeu

Le mouvement Peuple des Libertés, taillé sur mesure pour le « Cavaliere », doit se structurer en parti politique plus traditionnel et il vient de créer à cette fin le poste de secrétaire national – une fonction attribuée au successeur désigné, le brillant ex-ministre de la Justice Angelino Alfano.

A suivre

La présidence de la République en guise de « retraite dorée » pour Silvio Berlusconi ? Ce n’est apparemment pas dans ses intentions : le chef du gouvernement promeut à cette fonction honorifique la candidature de Gianni Letta, l’un des fidèles lieutenants.

LUKSIC,VANJA
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.