Israël coule la mission Bienvenue en Palestine

Proche-Orient Les pro-Palestiniens restent à quai

Coup de gueule pour ce militant pro-palestinien interdit d’embarquement à Roissy. © Thibault Camus/ AP.

RÉCIT

On va montrer à ces antisémites de quel bois on se chauffe ».Plusieurs dizaines de militants d’extrême droite brandissant des drapeaux de l’Etat hébreu ont, vendredi matin, envahi le hall d’arrivée de l’aéroport international Ben Gourion (Tel-Aviv) pour empêcher les participants à l’opération « Bienvenue en Palestine » de fouler le sol du pays. « Nous allons leur donner une leçon dont ils se souviendront longtemps », promettaient-ils. Le dispositif policier avait été fortement renforcé.

En fait, ils se sont déplacés pour rien ou presque, puisque sur les centaines de militants attendus, six à peine sont parvenus à se présenter au contrôle des frontières de l’Etat hébreu avant d’être expulsés sur le champ. Tous voulaient à travers cette « mission » rappeler le jugement de la Cour internationale de justice du 9 juillet 2004 affirmant l’illégalité du mur de séparation construit par Israël.

A l’aéroport de Roissy, quelque deux cents sympathisants de la cause palestinienne ont ainsi été interdits d’embarquement vendredi matin. Parmi ces indésirables, la Belge Yamina Bounir et son fils repris sur la liste noire envoyée par les autorités israéliennes à Air France. Bien qu’enregistrés, ils n’ont pu à la dernière minute entrer dans l’avion. « C’est un scandale. On nous prend pour des terroristes, alors que nous voulons simplement apporter un soutien pacifique aux Palestiniens », commentait Yamina Bounir. Selon elle, son portable avait été piraté : les contacts des autres sympathisants palestiniens avaient hier disparu de son téléphone.

Depuis trois mois, l’Etat hébreu a dépensé beaucoup d’énergie pour saboter l’opération « Bienvenue en Palestine » et torpiller la « Flottille de la liberté ». A partir du début mai, des informations ont semble-t-il été recueillies sur les militants susceptibles de participer au pont aérien vers la Palestine.

Une liste noire de 342 noms

Il a cependant fallu attendre l’échec de la « Flottille de la liberté » pour que l’appareil sécuritaire de l’Etat hébreu concentre ses efforts sur « Bienvenue en Palestine ». Mercredi dernier, le ministère israélien de l’Intérieur a ainsi contacté une série de compagnies aériennes pour exiger qu’elles refusent d’embarquer les passagers figurant sur une liste de 342 noms. Les Israéliens ont expliqué à leurs interlocuteurs que les « interdits d’entrée » qui arriveraient malgré tout à Tel-Aviv seraient expulsés aux frais de la compagnie, une forte amende per capita étant exigée en sus. Alitalia, Swiss, Easyjet, Lufthansa, Malev, Jetairfly et Air France ont ainsi été contactées.

A l’exception de trois Français, des militants pro-palestiniens ont toutefois pu s’embarquer vendredi à Bruxelles-National sur différents vols, transitant par Zurich, Francfort et Rome. L’avion qui a fait escale à Francfort est resté au sol, officiellement pour raisons techniques. En revanche, les autres vols ont atterri à Tel Aviv où 62 passagers ont été mis directement à l’écart, interrogés et expulsés. Leur arrivée à Tel Aviv démontre que le dispositif israélien était loin d’être infaillible.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a également entrepris des démarches auprès des pays dont les ressortissants sont impliqués dans « Bienvenue en Palestine ». La Belgique n’a pas pris de position officielle même si sa diplomatie s’est préparée à apporter une assistance aux Belges qui auraient éventuellement été arrêtés. Rue des Petits-Carmes, à Bruxelles, on affirme encore ne pas avoir subi de pressions israéliennes.

L’acharnement d’Israël dans cette affaire passe mal. Entendre les militants qualifiés de « hooligans » a « horrifié » Benoît Vandermeersch. « Il est aberrant de voir qu’on peut laisser Israël décider qui peut ou non quitter le territoire belge et s’opposer au droit de manifester », estime le Président de la Ligue belge des droits de l’homme en parlant d’« atteinte aux droits humains ».

A Bruxelles, vendredi après-midi, une quarantaine de manifestants pro-palestiniens se sont rassemblés devant la Bourse. Pour Nordine Saidi, du Mouvement citoyen Palestine, l’opération n’est pas un échec : elle met en lumière « l’arbitraire d’Israël, et pas seulement envers les Palestiniens. Il faut dénoncer l’ingérence israélienne dans les affaires européennes »..

DUMONT,SERGE,MARTIN,PASCAL,STAGIAIRE
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.