Bienvenue en Palestine, le… retour

Israël Les militants détenus ont été bien traités, déjà 22 Belges en voie d’expulsion

Reconnaissables à leurs casquettes oranges, des activistes étrangers se sont joints à des protestataires locaux lors de manifestations qui n’ont pas toujours été pacifiques. © oliver weiken/EPA

TEL-AVIV

De notre correspondant

Selon la police, 82 participants à l’opération « Bienvenue en Palestine » sont toujours détenus par le Shabas (l’administration pénitentiaire) après avoir tenté de débarquer à Tel-Aviv alors que l’Etat hébreu leur interdisait l’accès à son territoire. Il s’agit majoritairement de Français mais également de quarante Belges, d’une trentaine d’Allemands et de Hollandais.

En théorie, ces « refoulés » auraient dû réembarquer aussitôt à bord des avions qui les avaient transportés, mais les compagnies aériennes affirment qu’elles ne disposent pas des places nécessaires. Des négociations entre l’administration israélienne et les représentants d’Easyjet, de Swiss, d’Alitalia et de Lufthansa ont donc été entamées, et elles ont débouché sur l’expulsion de plus de soixante détenus dans la seule journée de dimanche.

C’est dans ce contingent que se trouvaient 22 Belges, parmi lesquels cinq mineurs d’âge âgés de 14 à 17 ans. Ceux-ci devaient embarquer à bord d’un avion de la Lufthansa à destination de Francfort. Quant aux autres, ils restent détenus dans les prisons de Ramleh (grande banlieue de Tel-Aviv) et d’Ela (Beer Sheva). Pour l’heure, la plupart de ces Belges refusent de signer les formulaires bilingues hébreu/anglais que leur soumet l’administration israélienne. L’un de ces documents affirme que les signataires reconnaissent avoir pris connaissance de l’interdiction qui leur est faite d’entrer en Israël. Un autre engage les signataires à ne circuler qu’« en Israël seulement » en cas de libération.

Durant le week-end, deux représentants consulaires belges ont pu les rencontrer et constater qu’ils sont traités normalement. Ces rencontres se sont déroulées en groupe et un rapport a été envoyé à Bruxelles. Parallèlement, les détenus qui le souhaitaient ont reçu l’assistance d’avocats mandatés par Adameer, une ONG palestinienne de défense des droits de l’homme. Spécialisée dans la défense des détenus palestiniens, l’avocate Lea Tsemel a également été chargée de la défense de plusieurs « refoulés ».

Pour ce que l’on en sait, le moral des Belges est bon. La majorité d’entre eux souhaite terminer cette aventure le plus rapidement possible mais un petit groupe veut « poursuivre le combat » jusqu’au bout en menant, entre autres, une grève de la faim contre leur incarcération.

Le refoulement des participants à l’opération « Bienvenue en Palestine » s’appuie sur la loi de 1952 sur l’entrée en Israël. Ce texte prévoit que l’Etat hébreu peut interdire l’accès de son territoire aux personnes susceptibles de perturber l’ordre public ou celles qui représentent selon lui un danger pour sa sécurité.

Aucun des pays dont les ressortissants sont actuellement emprisonnés ne conteste cette législation. En revanche, la situation des compagnies aériennes qui ont refusé d’embarquer les titulaires d’un billet à destination de Tel-Aviv est plus ambiguë puisque les règlements de l’Iata interdisent de refuser un passager en raison de ses opinions politiques. Mais dans le même temps, les compagnies sont tenues de réembarquer à leurs frais les passagers déclarés indésirables par le pays où elles les ont transportés.

Parce qu’ils sont arrivés avant le gros du contingent, parce qu’ils ont voyagé seuls, ou parce qu’ils ont réussi à tromper le dispositif israélien de sécurité, de 50 à 100 participants à l’opération ont en tout cas réussi à se rendre à Bethléem (Cisjordanie).

Quatre d’entre eux ont été interpellés par l’armée israélienne alors qu’ils participaient à une manifestation violente dans le village palestinien de Nabi Saleh où les habitants protestent contre la confiscation de leurs terres par une colonie juive voisine. Plusieurs autres ont également pris part à une démonstration contre la « barrière de sécurité » organisée samedi à Kalandia, l’un des points de passage entre Ramallah et Jérusalem.

« Certes, la plupart d’entre nous ne sont pas arrivés jusqu’ici mais nous avons rencontré une grande victoire contre Israël en montrant au monde comment ce pays contrôle l’accès des territoires palestiniens, nous a déclaré Pierre, un Français arrivé il y a une semaine. D’ici quelques jours, nous témoignerons de ce que nous avons vécu partout où nous le pourrons. »

Plusieurs Belges ont également manifesté samedi à Kalandia mais ils ont refusé tout contact « par mesure de sécurité ». L’un d’entre eux a toutefois reconnu « être venu se battre pour l’indépendance de la Palestine et contre l’occupation fasciste ». Un autre nous a déclaré que certains de ses camarades arrêtés auraient été maltraités par la police israélienne. « A leur arrivée à Tel-Aviv il y a eu des altercations et des militants ont été frappés », nous a-t-il dit sans donner plus de détails.

Les services de sécurité restent en état d’alerte : ils estiment que d’autres militants pro-palestiniens pourraient tenter d’atterrir à Tel-Aviv.

DUMONT,SERGE
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