Google sanctionne la presse francophone

Médias Leurs références ont disparu du moteur de recherche

© Benoît Vanzeveren/Belga.

La plupart des habitants de Mountain View, Californie, où se trouve le quartier général de Google, doivent probablement s’y reprendre à deux fois pour situer la Belgique sur une carte du globe. Et s’ils fouillent le célèbre moteur de recherche, ce sera pour conclure que ce minuscule État à l’autre bout de la planète ne dispose d’aucun quotidien sur le web.

Car depuis vendredi après-midi, Le Soir et les autres quotidiens francophones sont aux abonnés absents sur Google. Une recherche avec « Le Soir » renvoie vers d’innombrables sites mais ne propose plus aucun lien vers celui du Soir. Le géant californien de l’internet a décidé de repartir à l’abordage contre leurs éditeurs belges francophones en retirant toute référence à leurs sites sur ses serveurs. Ils ont été avertis par Google vendredi, à la mi-journée, peu de temps avant que tous les liens soient effacés.

En cause, un arrêt rendu en mai dernier par la Cour d’appel de Bruxelles, confirmant dans les grandes lignes un premier jugement, de 2006. À l’époque, Google avait été attaqué par Copiepresse, qui défend les intérêts de la presse belge francophone. Copiepresse reprochait à Google l’utilisation de larges extraits d’articles sur Google News ainsi que la conservation d’articles « en cache » sur son moteur de recherche, même lorsque ceux-ci n’étaient plus disponibles gratuitement sur les sites des quotidiens. Le tribunal avait reconnu Google coupable de viol des droits d’auteur le condamnant à retirer les articles incriminés et à une astreinte de 25.000 euros par jour de retard.

Abus de position dominante

« Nous sommes contraint de faire une lecture très stricte de l’arrêt du tribunal pour nous protéger et être certain de ne pas devoir payer d’astreintes, explique Simon Morrison, en charge des questions de droit d’auteur chez Google. Mais si les quotidiens francophones nous demandent formellement pour apparaître sur tel ou tel de nos services et qu’ils balisent correctement leurs articles pour permettre un référencement par nos moteurs, nous ne demandons qu’à les rendre à nouveau disponibles sur nos sites ».

Chez Copiepresse, parler d’irritation est un euphémisme. « Google fait une lecture de l’arrêt du tribunal qui n’est pas de bonne foi, réplique la secrétaire générale, Margaret Boribon. Il s’agit clairement d’une mesure de rétorsion à notre encontre. On pourra nous dire que Google étant une entreprise privée, il référence qui il veut et comme il l’entend. Mais les choses ne sont pas si simples. En Belgique, Google est leader en matière de recherche sur le web. Décider de nous exclure de ses sites, cela s’appelle un abus de position dominante ».

Reste à voir si les éditeurs porteront le litige devant le Conseil de la concurrence. Il y a des précédents.

En Italie, les éditeurs avaient attaqué Google devant le conseil italien de la concurrence, qui a décrété que Google ne pouvait exclure les journaux de ses moteurs de recherche sous prétexte qu’ils ne voulaient pas être référencés sur Google News.

Les quotidiens francophones s’estiment également victimes d’une discrimination. Ils risquent en effet de perdre une partie non négligeable du trafic vers leurs sites tandis que la décision de Google favorisera des sites d’actualité concurrents comme 7 sur 7 (Persgroep) ou ceux de la RTBF et de RTL.

REPÈRES

2006. Les éditeurs francophones citent Google en justice pour l’utilisation de leurs articles sur Google News sans s’acquitter des droits d’auteur. Le tribunal leur donne raison et contraint Google à retirer les articles incriminés.

2007. Après avoir une première fois retiré les liens vers les sites des journaux francophones sur ses moteurs de recherche, Google se met à table avec Copiepresse (l’association des éditeurs francophones) pour négocier. Des négociations qui tournent court, les éditeurs estimant que Google ne leur propose que « des clopinettes ».

Mai 2011. En appel, la première décision du juge est confirmée dans ses grandes lignes. Google envisage d’aller en cassation.

Juillet 2011. Google supprime pour la seconde fois en six ans toute référence aux sites des quotidiens francophones sur ses moteurs de recherche.

JENNOTTE,ALAIN
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