Sécheresse + insécurité = famine

Humanitaire Plus de 11 millions de personnes en danger en Afrique de l’Est

Les larmes d’une mère. Cette Somalienne pleure la perte de son enfant, mort de faim. Une des victimes de la crise en cours dans la Corne de l’Afrique. © MUSTAFA ABDI/AFP.

Une femme entourée de ses 5 enfants, tous maigres et épuisés. Ils ont marché pendant des semaines pour fuir la sécheresse et l’insécurité en Somalie et arriver enfin au Kenya, où ils espéraient trouver un abri, des soins et de la nourriture. Mais le camp de réfugiés de Dadaab, au nord-est du Kenya, pourtant le plus grand du monde avec 350.000 personnes, est saturé, et les organisations humanitaires n’arrivent pas s’occuper de tous les nouveaux arrivants.

1Quelle est l’ampleur de la crise ? Selon les nouveaux chiffres fournis par Ocha (bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU), plus de onze millions de personnes sont en situation de besoin dans l’est de l’Afrique (voir carte). « Nous étions jusqu’ici en pré-famine, explique Elizabeth Byrs, porte-parole d’Ocha, mais comme cela ne cesse de s’aggraver, certaines zones sont désormais considérées comme en famine ».

Les Somaliens, qui sont les plus touchés par la crise, sont au moins 3.200 à passer chaque jour les frontières de l’Ethiopie ou du Kenya. Et dans le grand camp éthiopien de Dolo Ado, « la situation est terrible, détaille Paul Spiegel, du HCR – Haut commissariat pour les réfugiés. Le taux de mortalité a atteint 7,4 morts sur 10.000 personnes par jour, soit largement au-dessus de la moyenne sub-saharienne de 0,5 et des situations d’urgence de 1 mort par jour. »

« On considère qu’il y a dans la Corne de l’Afrique 480.000 enfants soufrant de sévère malnutrition, et 1,6 million de femmes et d’enfants frappés de malnutrition modérée, reprend Elizabeth Byrs d’Ocha. De plus, une épidémie de rougeole se développe au Kenya. Comme la population est affaiblie par la faim et qu’il y a de grands déplacements de réfugiés, tout se conjugue pour que cette épidémie prenne une ampleur catastrophique. On n’en est heureusement pas encore à des chiffres mortalité comme lors de la famine de 1984 en Ethiopie, mais il est urgent d’agir ».

2 Quelles sont les causes de cette catastrophe ? Il y a d’abord la sécheresse. Les deux précédentes saisons des pluies ont été mauvaises, et les prochaines pluies ne sont pas attendues avant octobre. Dans certaines zones, la sécheresse actuelle est la pire depuis les années 50 ! Les réservoirs sont à sec, les pâturages, très réduits, ont été dévorés par le bétail, les cultures n’ont presque rien donné. Des dizaines de milliers de familles dans toute la région n’ont plus rien à manger et ont vu leur bétail mourir de faim ou ont dû le vendre pour rien. Par ailleurs, les prix des denrées alimentaires ont flambé : plus 40 % en un an, selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Et en Somalie, l’augmentation a été de l’ordre de 270 %. Causes de ces hausses de prix : les mauvaises récoltes mais aussi la spéculation et l’engouement de l’Occident pour les agrocarburants qui a fait fondre les stocks de denrées alimentaires. Troisième facteur, l’insécurité, surtout en Somalie, ce pays sans gouvernement depuis 20 ans, où les milices font la loi. Au lieu de recevoir de l’aide, les familles en difficulté se font rançonner. Et la rébellion islamiste des Shebab avait contraint en 2009 les agences humanitaires à quitter le pays. Conscients de la

catastrophe en cours, ils viennent cependant d’autoriser ces derniers jours de premières livraisons d’aide internationale. Le quatrième facteur, c’est la mauvaise gouvernance : au lieu de construire de puits profonds et des routes permettant d’acheminer les récoltes, l’Ethipie consacre 40 % de son budget à la Défense, et le Kenya néglige ses régions du nord, laissées à l’abandon.

3 Que faire pour enrayer ce désastre ? Ce 20 juillet, Ocha va faire le point sur les appels à financement lancés il y a 6 mois, et sans doute les réévaluer. « Or pour la Somalie et le Kenya, seuls 50 % des fonds demandés ont été fournis », précise Elizabeth Byrs. La communauté internationale est cependant en train de se réveiller : Londres va débloquer 59 millions d’euros, l’Allemagne rajoute 5 millions aux 55 millions déjà affectés au Kenya et à l’Ethiopie, la Belgique rajoute quatre millions d’euros. Et alors que la Commission européenne a déjà alloué le 6 juillet 5,7 millions d’euros au camp de Dadaab au Kenya, une réunion d’urgence de la FAO aura lieu le 25 juillet à Rome. La mobilisation générale commence à s’enclencher. Trop tard pour de nombreuses familles qui ont déjà vu mourir leurs enfants.

Appels aux dons des ONG Belges

Le 12-12 n’a pas encore été relancé

Des catastrophes comme le tsunami de décembre 2004 ou le tremblement de terre en Haïti en janvier 2010 sont effroyables mais ont l’avantage de marquer les esprits. Sous le coup de l’émotion, l’aide internationale, des Etats ou des citoyens, se mobilise rapidement. Une « catastrophe lente » comme celle qui est en cours en Afrique de l’est est moins spectaculaire. C’est d’ailleurs faute d’un impact médiatique important que les grandes ONG belges qui forment le Consortium belge pour les situations d’urgence n’ont pas encore relancé le numéro de compte commun 12-12. Mais toutes ont besoin des dons du public pour amplifier leur action dans ces pays où les familles les plus pauvres sont en train de tout perdre, y compris la vie.

Médecins sans Frontières, qui ne fait pas partie du Consortium, lance également un appel aux dons pour son fonds d’urgence, afin de pouvoir être plus efficace sur place.

Voici donc les numéros de compte de ces organisations. Ils sont tous bâtis sur le même modèle : 8 fois zéro suivi de :

MSF : 60-60. Caritas International : 41-41. Médecins du Monde : 29-29. Handicap International : 77-77. Oxfam Solidarité : 28-28. Unicef Belgique : 55-55. (V. K.)

KIESEL,VERONIQUE
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